Théâtre du Monde à la Maison Rouge

L’exposition Théâtre du monde se tient, à la Maison Rouge  jusqu’au 19 janvier 2013.

Des situations, des objets étranges: dans une des premières salles, on retrouve un mobilier de salon en bois datant du 19ème siècle. A l’intérieur de la vitrine, un papillon hibou  et une chouette naturalisés. Assiste-on nous à  la recréation d’un cabinet de curiosités ?

Théâtre du monde_Maison rouge Gauche: Sidney Nolan, Colonial Head—Kelly Gang, 1943–46, sol: tapis de guerre afghan, droite: Wim Delvoye, Untitled (Osama), 2002–3, papier peint : Robert Gober, Hanging Man/Sleeping Man, 1989 © MONA/Rémi Chauvin Image Courtesy MONA Museum of Old and New Art, Hobart, Tasmania, Australia

Image extraite du dossier de presse de l’exposition Théâtre du Monde

Dans un contexte de mondialisation culturelle, l’eurocentrisme artistique s’étiole pour laisser plus de transparence aux arts « extra-occidentaux ». Théâtre du Monde se veut l’espace physique de la manifestation de cette nouvelle intemporalité artistico-culturelle.

Le visiteur est amené à créer ses propres dialogues entre sa perception des objets  présentés et les oeuvres elles-mêmes, en faisant appel à ses sens, avant de se référer aux annotations du livret de l’exposition.

La figure de l’objet et de l’objet ethnographique

L’ethnologie, c’est tout d’abord le regard porté sur l’autre, le désir de connaissance de ces peuples, plus ou moins distants, mais parfois proches, qui nous semblent si différents de nous. Curiosité banale, à l’origine, de la découverte de l’inconnu, terres à explorer ou cimes inviolées à gravir, mers lointaines à sillonner, mais aussi populations apparemment étranges à connaître et à comprendre. Curiosité qui devient alors plus scientifique, dans la mesure où cette recherche de l’autre aboutit à une réflexion sur la nature humaine, sur ses ressemblances et ses différences et les raisons de celles-ci. (1)

Théâtre du Monde mêle objets ethnographiques ou d’histoire naturelle et l’art ancien aux oeuvres d’arts contemporains (2) des collections de David Walsh et du Tasmanian Museum and Art Gallery (TMAG) .

Quelle est la figure, la signification de l’objet ethnographique, décontextualisé et mis en dialogue de sourd avec des oeuvres contemporaines? Quelle est la nature de ce dialogue entre historicité et contemporanéité? Des objets anciens appartenant à des civilisations dites primitives, n’ont-ils leur place qu’au sein de musées d’histoire?

Il n’y a donc aucune dénaturation de l’art « tribal » avec la colonisation ( en dehors des destructions de  » fétiches » opérées par les missionnaires), mais il y a au contraire production continuelle de nouvelles formes artistiques, et en particulier, transformation d’artefacts en objets d’art. Ce qui appartient en propre, en effet, à la période coloniale, c’est bel et bien la création d’un « art traditionnel » ou « tribal », à savoir la sélection ou la réduction d’un ensemble de pratiques – chorégraphiques notamment – et la réification de celles-ci sous la forme de « statues » ou de « masques »; ceci autorise de les considérer comme anonymes et, corrélativement, l’ethnicisation de ces artefacts décontextualisés ( art digon, aboulé, tschowkwé). (3)

Les spectateurs – visiteurs  assistent à un surréalisme contemporain et une étrangeté artistique, qui ponctuent ce théâtre dévoilant  une mise en scène fantasmagorique d’objets d’art.

La temporalité des différentes pièces est gommée à travers l’absence de cartels d’informations: l’imaginaire collectif vogue sur la créativité curatoriale. L’exposition Théâtre du Monde s’inscrit dans une nouvelle temporalité dictée par son commissaire -à savoir Jean-Hubert Martin- et s’affranchit de certains événements de l’Histoire universelle.

Dans cette narration artistique des plus curieuses, le statut de l’objet lambda ayant difficilement sa place dans dans une exposition d’art contemporain, corrobore la puissance émotionnelle de l’oeuvre d’art. Ainsi, n’est-il pas surprenant d’observer la juxtaposition d’une boîte de détonateurs datant du 19ème siècle avec  l’oeuvre Hanging Man/Sleeping Man de l’artiste américain Robert Gober – qui est un papier peint sérigraphié – sous la bannière du chapitre  » Conflit « ?

Ces objets sont des onomatopées lourdes de sens dans ce Théâtre du Monde qui recense une pluralité d’expressions artistiques.

Virginie Echene

En +:

(1) Jacques Lombard, Introduction à l’ethnologie, 2ème édition – éditions Armand Colin, Paris 1998, pp 17.

(2) Livret de l’exposition Théâtre du Monde

(3) Jean-Loup Amselle, L’Afriche, Catalogue de l’exposition Africa Remix, Paris, 2005 pp.68

http://www.lamaisonrouge.org/spip.php?article998

Sur african links

Séance Vaudou à la Fondation Cartier

Surréalisme ethnographique

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s