« Nous nous sommes levés » au CPIF – derniers jours

Jusqu’au 13 avril 2014, le Centre photographique d’Île-de-France présente l’exposition Nous nous sommes levés de l’artiste Medhi Meddaci.

L’artiste diplômé du Fresnoy, Studio des arts contemporains de Tourcoing et de l’Ecole nationale supérieure de la photographie d’Arles, a les flèches nécessaires pour exploiter les médiums de la photographie et de la vidéo.

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Les yeux tournent autour du soleil, 2013, installation vidéo et sonore en quatre volets autonomes // © Medhi Meddaci, courtes de l’artiste et de la galerie Odile Ouizeman, Paris.

Le titre Nous nous sommes levés, ou autrement dit « nous sommes debout » illustre par ailleurs la gestuelle du visiteur dans l’espace d’exposition. Le visiteur est invité par l’artiste à entrer en scène afin de prendre part à l’exposition, qui se compose des l’installation « Les yeux tournent autour du soleil », 2013 et « Tenir les murs », 2011 ainsi que de l’ensemble photographique « Cycle 2005-2013 ».

 

 

Pour les différents actes de l’installation Les yeux tournent autour du soleil, l’artiste orchestre ses productions vidéographiques telles des tableaux vivants. Mi fictions proches du documentaire, ces compositions sont des performances participatives empreintes d’un réalisme déroutant.

Les acteurs représentent ce corps social, qui est incorporé dans l’œuvre.

Le corps de l’individu devient partie intégrante d’un ensemble chorégraphique qui fonctionne de façon harmonieuse.

 

Pour La place, les portraits anonymes de ces protagonistes amateurs, nourrissent un cortège silencieux, une ode du social qui s’appuie sur leur passivité et les plans fixes. La référence aux révolutions du Printemps Arabe est palpable. En effet, ce rassemblement chorégraphié par Meddaci, en bas de la Tour d’Assas, dans une cité de Montpellier, produit en temps décalé, une nouvelle temporalité ainsi que du lien social en zone dite « sensible ». La marche est étudiée comme un geste impulsif de contestation.

 

L’improvisation et le caractère fortuit se traduisent à travers les mouvements humains, de la mer – qui est un symbole très présent dans l’œuvre de l’artiste – ainsi que les flux sonores qui ponctuent les narrations-fictions de Medhi Meddaci.

Ces métaphores vidéographiques acquièrent un grand pouvoir de fascination à travers le cadre dans lequel elles sont produites. L’omniprésence de la mer et le cadrage dévoilant un ciel bleu confèrent une touche onirique et renforce le pourvoir métaphorique, tel un tableau de René Magritte. Nous pouvons y observer également une mise à distance du territoire, qui signe une appartenance à une identité, une langue, une nation… La dé-contextualisation géographique va de pair avec le caractère fictif et fictif des différents actes de l’installation Les yeux tournent autour du soleil.

En tant que motifs répétitifs à travers leurs différents gestes et positions, les acteurs entrent et sortent de l’écran : le dénouement de chaque volet de l’installation est élaboré entre apparition et disparition, pour marquer une perte du sensible, à laquelle est confronté le spectateur. Ces fragments vidéographiques fonctionnent de façon autonome mais sont réunis sous le même titre.

Dans La pastèque, Medhi Meddaci reconstruit un souvenir de son père, datant de la période de la guerre d’Algérie. Enfant, son père désirait se procurer une pastèque ayant fait office de cible d’entraînement pour les soldats. Un décor criblé de balles témoigne de cette violence latente qui règne dans cette Algérie à l’époque niale.

igne de cette violence latente qui règne dans cette Algérie coloniale.

coloniale, tandis que ladite pastèque reste comme immuable dans les méandres du récit autobiographique. Meddaci effectue la reproduction de cette scène anecdotique à travers une pastèque érigée comme une sculpture, dans la recréation de l’espace et la reconstitution du souvenir.

Natures mortes du XXIème, ses photographies au caractère expérimental, viennent soutenir les concepts mis en lumière dans ses vidéos, à savoir le cycle, la mémoire et le principe d’apparition et de disparition. L’artiste réduit en objet un fragment du réel qu’il revalorise dans le champ et le temps photographiques. La réflexion photographique de l’artiste s’appuie sur la redéfinition du cadrage, l’épuration des images ainsi que le traitement du hors champ.

Le travail de Medhi Meddaci se situe aux frontières de la performance, de la vidéo d’art et du cinéma.

 Tenir les murs illustre cette proximité avec le cinéma, à travers certains codes qui lui sont empruntés, comme la durée -56 minutes – l’introduction d’un dialogue et d’acteurs référents. Tenir les murs exploite les thèmes de l’immigration et de l’identité, sillonnant les villes de Paris, Marseille et Alger.

La double dimension autobiographique est remarquable. Les plans fixes, la lenteur de certaines scènes traduisent une quête personnelle, à l’échelle des acteurs mais de l’auteur lui même, et ce dans un entre-deux physique et psychique. En intégrant la figure paternelle, Meddaci ne se projetterait-il pas lui-même dans son œuvre, jonglant entre fiction et autobiographie ?

 

Cependant, la rupture dans la référence au cinéma s’opère au niveau de la gestuelle du public. La constellation de chaises en plastique qui fait habilement référence au titre de l’exposition « Nous nous sommes levés », désigne un dispositif éphémère qui s’oppose aux moyens d’accueil traditionnels du spectateur. En effet l’artiste refuse que les membres du public restent figés comme au cinéma, décloisonnant ainsi les frontières entre installation, vidéo et cinéma.

Le visiteur est libre de déplacer les chaises afin de s’asseoir où il le souhaite, d’autant plus qu’aucun parcours de l’exposition n’est prédéfini.

 Enfin, Medhi Meddaci ne cache pas l’influence de l’artiste allemand Gerhard Richter dans son travail.

Richter est un artiste qui ne cesse d’expérimenter. Il accumule les ruptures de style pour bien montrer qu’il ne veut pas « faire de l’art ». Pour lui toute image n’est qu’une source d’illusion, particulièrement à l’ère de la culture de masse. Il se livre donc à un jeu sur des images d’images.*

 

Abordant des thématiques actuelles telles que l’immigration et l’identité, Medhi Meddaci est en adéquation avec son époque. Il s’inscrit dans un contre mouvement d’un monde globalisé qui fonctionne à vive allure, gommant certains faits historiques.

Ses dispositifs artistiques questionnent le contemporain de façon expérimentale, décuplant la charge émotionnelle de ses tableaux en mouvement qui oscillent entre apparition, disparition et perte.

Entre fiction et autobiographie, son travail laisse entrevoir une vue sur l’Algérie coloniale.

 

* L’aventure de l’art au XXème siècle, éditions du Chêne, 2002, Paris, p.906

 

EXPOSITION du 02/02/2014 au 13/04/2014

MEHDI MEDDACI

Nous nous sommes levés

 En +:

http://www.cpif.net

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