« Tout a une fin, sauf la banane qui en a deux »

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Tout a une fin, sauf la banane qui en a deux. (Proverbe bambara)

La banane aurait deux fins et le joueur de football Dani Alves illustre à merveille ce proverbe.

Le 27 avril dernier, lors d’une rencontre du championnat espagnol, un supporter a lancé une banane sur le terrain, à destination du défenseur brésilien du FC Barcelone. Sa réponse : faire un pied de nez au racisme en mangeant le fruit. Relevant d’une certaine prestance son geste est aujourd’hui une référence, car elle reste la meilleure réponse aux actes racistes que subissent les joueurs de football noirs et métisses, dans l’enceinte des stades.

 

La banane,  fruit-symbole du racisme anti-noir

Fin 2013, à Angers,  la peau de banane agitée par une fillette qui scandait : « Mange ta banane, guenon »  à l’encontre de la garde des sceaux  Christiane Taubira, choquait l’opinion publique. De même que la Une d’un magazine d’extrême-droite dont le jeu de mots cru et ouvertement raciste visait encore une fois la femme politique.

Pourquoi ce fruit est-il particulièrement associé à la personne noire, qui elle-même est animalisée dans son rapprochement avec le singe ?

La banane est le fruit exotique par excellence, dont raffoleraient les primates. Dans l’imaginaire collectif universel, la banane est l’attribut associé au singe, et le Noir comparé au singe, dans les recherches eugéniques du début du XXème siècle.

Les cris de singes, les peaux de bananes ou encore les bananes utilisées comme projectiles durant les rencontres sportives ou à l’encontre de personnalités publiques, seraient-elles l’héritage d’un impérialisme européen ?

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L’objet Banania a contribué à véhiculer cette image du Noir, inculte, docile et serviable car prêt à se battre pour une patrie autre que la sienne.  Associé à Banania, le tirailleur noir ouest-africain, devient l’objet commercial d’une boisson chocolatée pour « un exquis déjeuner sucré », un « aliment délicieux pour les estomacs délicats » : histoire de rassurer les futurs consommateurs ! Ces écrits ne font pas partie du discours du tirailleurs, le langage est soutenu, c’est la raison pour laquelle ce message est écrit plus petit que le « Y’a bon » et le nom du produit.

L’assimilation entre « Banania », « Y’a bon » et la figure du tirailleur est immédiate, pour un schéma parfait : Banania > Banane > couleur Jaune du fond de l’image> Noir > Y’a bon> usage non maîtrisé de la langue française>Indigène.

La portée raciste du dessin Banania datant de 1915 s’ancre un peu plus dans les esprits des métropolitains avec l’arrivée de Joséphine Baker et de sa ceinture de bananes, dans la capitale française. Célébrité incontestable et symbole de la Revue Nègre, l’Américaine anime les soirées parisiennes des années folles, de ses danses frénétiques, habillée uniquement d’une ceinture composée de banane.

Après le tirailleur, c’est une femme, nue, métissée qui fait le choix d’être assimilée à ce fruit. Joséphine Baker ne subit pas cette juxtaposition avec le fruit comme le tirailleur sénégalais mais elle en joue, nourrissant inconsciemment – ou pas –  des stéréotypes racistes.

 La banane comme source d’inspiration

Carmen Miranda utilise à son tour, dans les années d’après-guerre, toute une panoplie de fruits exotiques, qu’elle porte en guise de couvre-chef, créant ainsi sa marque de fabrique. Carmen Miranda est portugaise et blanche. Le symbole de la banane a-t-elle la même saveur, la même portée, utilisée par une femme blanche, dans le Brésil des années 1940 ? Ou encore la banane d’Andy Wharol sur la pochette de l’album des Velvet Underground aurait eu le même impact si ce groupe avait été composé d’Africains-Américains ?

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La banane reste aujourd’hui encore source de création pour des chansons ou encore une inspiration esthétiques pour des costumes de scène.

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La chanteuse anglaise Ebony Bones, Source images: Web

 

 

Dani Alves, joueur de football brésilien, métis et évoluant dans un championnat européen, a mangé la banane qui lui a été balancée par un supporter qui vraisemblablement respectait les stéréotypes culturels imposés par un impérialisme colonial. Ce fait s’est produit, en 2014, en Espagne ! Il est dit que la banane serait un fruit en voie d’extinction : reste à savoir quel autre fruit « exotique » ces supporters balanceront sur les pelouses de terrains de football lorsque les bananes auront disparu de nos habitudes culinaires…

 

En +:

Un cours sur Banania

sur african links

Christiane Taubira

Kader Attia Repair 5 acts

 

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