Focus # 13 : « An African City »

En conclusion, on peut dégager les 14 points essentiels suivants comme principes de base d’une action concrète : (…) 4) Etudier une forme de représentation efficace de l’élément féminin de la nation. *

Cheikh Anta Diop

 1656131_474363582669566_556675697_n Source de l’image: An African City Facebook fan page

Créée par Nicole Amarteifio,  An African city  est la web-série événement qui diffusée depuis mars 2014, est adulée par de nombreux internautes.  An African City  est l’outil indispensable des années 2010 pour combattre l’afro-pessimisme qui sévit depuis les années 1960, période marquant les indépendances africaines.

 An African City  est-il un remake à «l’africaine » de « Sex and the City » ? Oui et non. Oui, car le thème des relations hommes-femmes est principalement abordé ; et non car la toile de fond est Accra, la capitale du Ghana, état d’Afrique de l’ouest. Ce qui représente un parfait espace pour entremêler des problématiques culturelles propres au continent africain, aux Africains et Afro-descendants.

Le sexe étant un sujet tabou dans les familles africaines, An African City  défraie la chronique en présentant pour personnages principaux cinq jeunes femmes noires, indépendantes et dynamiques, qui reviennent s’installer à Accra.

Le regard sur la femme noire, africaine

An African City  dépeint le quotidien de cinq jeunes femmes actives basées à Accra. La web-série est l’illustration d’une Afrique qui combat des clichés culturels qui l’accablent depuis des décennies.

Ce même continent ancré dans une globalisation culturelle, dès les débuts de la colonisation jongle entre contemporanéité et traditionnel. Ces cinq femmes ont des parcours de vie différents ; ces cinq jeunes femmes représentent cinq visions différentes de la beauté noire. L’image de la femme noire n’est pas monochrome – sans faux jeu de mots – mais elle est plurielle.

Le phénomène d’acculturation dans la société ghanéenne est au centre d’ An African City : chacun des personnages incarne une représentation de la femme noire dans le monde d’aujourd’hui. Toutes les carnations y sont représentées. La femme noire est représentée dans son intégralité : ce qui permet d’enrayer la surreprésentation de la femme noire à la carnation claire, en Afrique, en Europe ainsi qu’aux Etats-Unis.

An African City présente une femme noire indépendante, loin des clichés. Chaque personnage incarne un trait de caractère particulier : l’émotive, la coincée, l’intrépide.

Or, ces portraits de jeunes femmes noires contribuent à briser des idées reçues concernant la femme noire, à travers le monde,  qui se sont répandues depuis les prémisses de l’esclavage. Sans morale, docile et objet sexuel du colon ou de son maître, la représentation de la femme noire croule encore aujourd’hui sous ces a priori relevant du fantasme et de l’exotisme.

La femme noire ici parle et s’exprime, face à l’homme noir, face à l’homme blanc, face à la société.

La sexualité « africaine » aujourd’hui

Le thème de la sexualité semble assez tabou dans les sociétés africaines, bien qu’il reste mal vu pour une femme de ne pas être mariée, ou encore de ne pas avoir d’enfants, une fois qu’elle ait atteint 30 ans.

L’image d’une femme noire, non maîtresse de son corps et de sexualité est  corrigée. Les choix des personnages sont assumés : elles flirtent avec des hommes et décident de poursuivre la relation ou pas. Elles ne subissent pas leurs relations mais la vivent pleinement.

An African City expose une femme noire africaine consciente de ses choix et qui sait les imposer. Elle ne représente en rien un sujet docile aux mœurs légères. Elle vit pleinement sa vie et s’épanouit en tant que femme dans une société africaine qui jongle entre contemporain et traditionnel. La femme noire peut et a une sexualité aussi active que tout autre type de femme, sans pour autant tomber dans les pièges du stéréotype racial. 

1526400_496071583832099_1706091554_n Source de l’image: An African City Facebook fan page

Permettre une nouvelle vision contemporaine de  l’Afrique

An African City s’inscrit dans la lignée de productions audiovisuelles et cinématographiques combattant les stéréotypes sous lesquels croule la représentation de l’Afrique via les canaux médiatiques mainstream.

Les thèmes de la guerre, de l’enfant-soldat, du mariage forcé, de l’excision ou encore de la pauvreté sont évincés.

Les sujets traités sont en lien avec les problématiques concernant la femme noire d’aujourd’hui. A savoir des problématiques esthétique et culturelles, telles les cheveux naturels, le blanchiment de la peau ou le fait de ne pas parler et/ou comprendre sa langue africaine maternelle. Et ce dans un contexte de redécouverte des mœurs de son pays natal.

Comment composer avec un environnement qui semble différer des valeurs universelles ? Par quels moyens pallier aux effets du fossé culturel que vivent ces jeunes personnes de retour dans leur pays natal?

Nous pouvons retrouver tout le confort matériel acquis dans une ville européenne  ou américaine. Ordinateurs portables, tablettes, smartphones, belles voitures, cafés et lieux gastronomiques branchés, tous les éléments sont réunis afin de faire reculer l’idée d’une Afrique archaïque qui peine à s’intégrer dans le processus de mondialisation. Le continent africain y est intégré depuis les débuts de la colonisation.

Les clins d’œil aux dysfonctionnements de l’administration ou au niveau de la qualité du service des serveurs au restaurant, nous rappelle cependant que nous sommes à Accra, où certains peinent à s’incliner face à la discipline importée par ceux qui reviennent vivre au pays.

An African City est au carrefour de la double voire d’une pluralité de cultures dont jouissent ces cinq jeunes femmes ainsi que les hommes qu’elles rencontrent.  La web-série est un espace de dialogues de la créolisation qui se produisent de nos jours entre les différentes communautés afro-descendantes.

 

En 1791, fut créée la Sierra Leone Company dont la direction avait son siège à Londres. L’objectif de cette société était la colonisation de l’Afrique par des esclaves libérés. En 1792, un groupe d’esclaves affranchis appelés « Nova Scotians » arriva en Afrique où ils fondèrent la ville de Freetown. *

Trois siècles plus tard, assistons-nous au même phénomène historique ?

Bien que de nombreux étudiants africains quittent leur pays natal pour l’Europe ou les Etats-Unis, ou encore que de jeunes actifs afro-descendants décident de s’installer dans un pays du continent africain, il s’opère aujourd’hui comme une sorte de réappropriation culturelle directe de la part des jeunes générations grâce aux technologies de l’information et de la communication . Cette nouvelle classe sociale de privilégiés participe aux mutations sociales, économiques et culturelles des zones géographiques où ils s’établissent, et où ils entrent en interactions avec la population.

Peut-être qu’An African City encouragera le retour de jeunes femmes et hommes afro-descentant(e)s sur le continent africain. En ce qui me concerne, c’est le cas: la magie a opéré! 

 english

In conclusion, we can identify the following 14 key points as basic principles of action: (…) 4) Consider an effective form of representation of the female component of the nation. *

Cheikh Anta Diop

Created by Nicole Amarteifio, An African city is the web series which is broadcasted since March 2014, on Youtube.

The web series counts a lot of fans. An African City is an indispensable mode in the 2010s to fight the negative perception of the African continent which is prevailing over the positive side, since the 1960s, the African independences time.

Is An African City an « African » remake of « Sex and the City »?

Yes and no.

Yes, because the issues of the gender relations and women’s status are mainly tackled ; and no because the backdrop is the city of Accra, in Ghana, a West African country. This detail constitutes a perfect space to mix up some own cultural issues in Africa , to Africans and to Afro-descendants.

Sex is a taboo in African families, An African City is making the big headlines, having as main characters five young and dynamic independent black African women, who returning to settle in Accra.

The look on black women, African

An African City portrays the everyday lives of five young independant women based in Accra.

The web series illustrates an Africa which is fighting against cultural clichés which weigh upon it for decades.

The same continent which is rooted in cultural globalization since the early days of colonization juggles between the contemporary and the traditional.

These five women don’t have the same life paths ; these five young women represent five different visions of black beauty. The image of the black woman is not monochrome – pardon the pun – but it is plural.

The phenomenon of acculturation in Ghanaian society is at the center of An African City: each character embodies a representation of black women in the world today.

All skin tones are represented. The black woman is represented in its entirety: thereby it permits to obstruct the overrepresentation of black women with fair complexion, in Africa, Europe and the United States.

An African City presents an independent black woman, far from clichés. Each character embodies a specific trait of character: the emotional, the jammed, the intrepid.

However, these portraits of young black women contribute to breaking stereotypes about black women around the world which have been spread since the early times of slavery. As immoral women, docile sexual object of the European colonist or of her master, the portrayal of black women is still   snowed under the fantasist exotic assumptions, colonisation heritage.

The black woman speaks and expresses here, facing the black man, facing the white man against society.

Sexuality ‘African’ today

The theme of sexuality seems pretty taboo in African societies, although a 30 years old woman is still frowned if she still single and having no child.

The image of the black woman, who is not mistress of her body and her sexuality is corrected. The characters take responsability for their behaviour : they flirt with men and decide to continue the relationship or not. They do not suffer from their relationship but they are living it fully.

An African City exposes a black African woman aware of her choices of life and who knows how to impose them. It does not represent a docile subject with loose morals. She fully lives her life and flourishes in an African society which struggles beween traditional and contemporary. Black woman can and has an active sexuality life on the same basis of any type of woman, without falling into the trap of racial stereotypes.

Allow a new contemporary vision of Africa

An African City is in line with the audiovisual and cinematographic productions which are fighting against stereotypes under which collapses under the representation of Africa via mainstream media channels.

The themes of war, child soldier, forced marriage, female genital mutilation or poverty are ruled out.

The topics are related to issues concerning black women today. Namely such as aesthetic and cultural issues, natural hair, skin whitening or the fact to speak and / or understand their native African language. And this in a context of rediscovery of the manners of her native country.

How to deal with an environment that seems to differ from the universal values? Through which means mitigate the effects of this cultural gap faced by these young people returned to their homeland?

We can find all the modern comfort present in a European or American city. Laptops, tablets, smartphones, nice cars, hip cafes and trendy restaurants, all the elements come together to reverse the idea of an archaic Africa which is struggling to integrate into the globalization process. The African continent is integrated to it since the beginning of colonization.

However, dysfunctions of the administration or the quality of service of some waiters remind us that we are in Accra, where some seem to be experiencing difficulty to bow to the imported discipline by those who come back to live in their hometown.

An African City is at the crossroad of a plurality of cultures hat are enjoyed by these five young women and the men they meet. The web series is a space of creolization dialogues which occur today between the various African and Afro-descendant communities.

In 1791 was created the Sierra Leone Company, whose the management used to have its headquarters in London. The objective of this company was the colonization of Africa by freed slaves. In 1792, a group of freed slaves called « Nova Scotians » arrived in Africa where they founded the city of Freetown. *

Three centuries later, are we witnessing to the same historical phenomenon, aren’t we ?Although many African students leave their homeland for Europe or the United States, or that young Afro-descendants professionals decide to settle in an African country, a kind of direct cultural reappropriation occurs, from the part of youngest generations , thanks to technologies of information and communication. This new class of privileged participate to the social, economic and cultural changes of the geographical areas where they settle, and where they are in interactions with the local population.

May An African City encourage young African- descentant to go back settle to the African continent? In my case the magic happened!

En +:

*Cheikh Anta DiopLes fondements économiques et culturels d’un état fédéral d’Afrique noire, Présence africaine, 1960, Paris.

**Henri Wesseling, Les  empires coloniaux européens 1815-1919, éd. Gallimard, 2009, Paris (p.180)

 Sur african links

Viva Riva

La Claudette noire

Dark-Skinned Girls

 

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