Les accalmies photographiques de Pieter Hugo

La Fondation Henri Cartier-Bresson présente l’exposition Kin du photographe Pieter Hugo, du 14 janvier au 26 avril 2015.

 

 Jeu- concours n• 4 african links vous offre 2x 2 entrées pour voir l’exposition Kin de l’artiste Pieter Hugo à la Fondation Henri Cartier Bresson.

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J’ai découvert le travail de Pieter Hugo, avec sa série The Hyena & Other Men. Le photographe sud-africain parvient à saisir ce lien fort et invisible entre l’homme et l’animal : hyènes, singe et serpent sont dociles et font preuve de cette part d’humanité transmise par leurs maîtres.

pieter01 © Pieter Hugo , source de l’image: Web

Pour Kin, Hugo se livre. Il photographie son pays, cette Afrique du Sud, qui entre son idéal de société arc-en-ciel (1) et le poids des violences interraciales, se remet peu à peu des fractures sociales, économiques et spatio-urnaines, causées par le régime de l’apartheid.

Comment les différentes communautés parviennent-elles à vivre ensemble ? Quel est le visage, quels sont les visages de cette Afrique du Sud post-apartheid, à la disparition fin 2013 de son icône Nelson Mandela ?

Entre biographie et intimité

Pieter_Hugo_Ann Sallies, ma nourrice, Douglas, 2013

Ann Sallies, ma nourrice, Douglas, 2013 ©Pieter Hugo, courtesy Galerie Stevenson, La cap/Johannesburg et Yossi Milo, New York.

Pieter Hugo alimente Kin d’éléments autobiographiques. En effet, l’exposition est ponctuée de photographies à travers lesquelles il nous livre des brides de sa vie personnelle.

Les portraits de sa femme enceinte, de sa nounou, de sa grand-mère ou encore son autoportrait photographique avec son nouveau-né, nous plonge au cœur de la sphère intime d’Hugo.

C’est avec la même volonté de sincérité plastique mais non pas le même degré de crudité propre à Nan Goldin, que Pieter Hugo photographie les membres de sa famille et de son entourage, et se met en scène, nu, avec son nourrisson.

Ces portraits et autoportraits d’Hugo résonnent cependant avec la même brutalité frontale que la photographe américaine, entre partage de l’intime où la nudité trouve son sens, et confidences de l’artiste au spectateur.

 

Témoin de son époque

Une agressivité latente est palpable dans les photographies de Pieter Hugo. Une agressivité sur l’épiderme des sujets : la violence des rayons de soleil, de l’aiguille du tatoueur… La violence de la maladie, de la nature, de l’apartheid.

Pieter Hugo - Green Point Common, Le Cap, 2013

Green Point Common, Le Cap, 2013 ©Pieter Hugo, courtesy Galerie Stevenson, La cap/Johannesburg et Yossi Milo, New York.

Pieter_Hugo_Daniel Richards, Milnerton, 2013Daniel Richards, Milnerton, 2013 ©Pieter Hugo, courtesy Galerie Stevenson, La cap/Johannesburg et Yossi Milo, New York.

Le photographe sud-africain emprunte néanmoins ce manque de distance avec le sujet, qui a fait la marque de fabrique du photographe Bruce Gilden. Le lyrisme d’Hugo atténue cette dureté esthétique, face à laquelle les émotions du spectateur sont mises à l’épreuve.

Je vois dans les photographies de Pieter Hugo, une certaine tradition de la peinture flamande et hollandaise, notamment avec l’œuvre de Jan van Eyck et de Johannes – Johannesburg ? – Vermeer.

van_Eyck_Ghent_Adam-Eve

 

 Jan van Eyck, Le Polyptique de l’agneau mythique, Gand, cathédrale Saint-Bavon, détails d’Adam et Eve, (28,5 cm et 26 cm.)

laitiere La Laitière, vers 1658-1661, Courtesy of Rijksmuseum, Amsterdam.

Notamment avec cette photographie d’un carton de pommes de terre, qui déformé et au bord de l’explosion, libère son contenu à même le sol. Les échos du bruit sourd de ces pommes de terres qui jonchent un sol terreux, se heurtent contre les murs d’un décor, lugubre à souhait.

Pieter_Hugo_La maison des Besters, Vermaaklikheid, 2013

La maison des Besters, Vermaaklikheid, 2013 ©Pieter Hugo, courtesy Galerie Stevenson, La cap/Johannesburg et Yossi Milo, New York.

Je vois dans les photographies de Pieter Hugo, une certaine tradition de la peinture flamande et hollandaise, notamment avec l’œuvre de Jan van Eyck et de JohannesJohannesburg ?Vermeer. Notamment avec cette photographie d’un carton de pommes de terre, qui déformé et au bord de l’explosion, libère son contenu à même le sol. Les échos du bruit sourd de ces pommes de terres qui jonchent un sol terreux, se heurtent contre les murs d’un décor, lugubre à souhait.

Le tableau est conçu comme un ensemble d’objets précieux, – les personnages dont les gestes accusent une raideur voulue, inconnue dans l’art antérieur, sont au-delà des émotions humaines. Ils semblent ne plus se rendre compte du monde extérieur : cristallisés, ils sont devenus eux aussi des objets immuables et précieux. –  (2) Ch. De Tolnay, Le Maître de Flémalle et les frères van Eyck, 1939. 

La transposition du photographique vers le pictural s’illustre dans la manière dont Pieter Hugo traite ses sujets. C’est un peu comme s’il les ancrait une temporalité déconnectée. Ils deviennent ainsi, eux aussi, ces objets précieux de la peinture religieuse des frères van Eyck.

Ce silence spirituel, dans l’oeuvre d’Hugo étouffe le spectateur mais libère le sujet.

Quelle est la réalité contemporaine de ce pays devenu tristement l’emblème de l´horreur raciale ?

Pieter Hugo brise de fantasme imposé par l’extérieur, et rend compte d’une factualité post-apartheid, qui saisit des instants du réel sur le vif.

Il s’inscrit dans la lignée des photographes sud-africains, à savoir David Goldblatt, Guy Tillim et Santo Mofokeng, qui ont choisi d’être les témoins de leur temps, d’être la voix d’une Afrique du Sud, qui cautérise les plaies d’un régime politique resté en place pendant près de quatre décennie.

Pieter Hugo libère « sa bête artistique » pour laisser libre cours à ses propres sentiments.

 

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Toutes les informations sur l’exposition ICI

Mardi 10 février, 2015, de 18h à 20h
CONVERSATIONS
La Photographie professionnelle sur Twitter, Instagram, Behance: une révolution de la diffusion
Avec André Gunthert, chercheur en histoire culturelle et études visuelles, titulaire de la chaire d’enseignement d’histoire visuelle à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), et Molly Benn, créatrice et rédactrice en chef du magazine « Our age is thirteen ».

David Goldblatt à la Fondation HCB: http://www.henricartierbresson.org/expositions/david-goldblatt-laureat-du-prix-hcb-2009/

Guy Tillim à la Fondation HCB : http://www.henricartierbresson.org/expositions/guy-tillim/

(1) Sean Jacobs et Vincent Foucher, Sur l’Afrique du Sud post-apartheid et le devenir de la « nation arc-en-ciel », Dans Politique africaine 2006/3 (N° 103)

(2) Ch. De Tolnay, Le Maître de Flémalle et les frères van Eyck, 1939 dans Tout l’œuvre peint de van Eyck, Editions Flammarion, collection les Classiques de l’art, 1969, p. 13.

Bruce Gilden  : http://www.brucegilden.com

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