Retour sur AFRICAPARIS # 2

2.  Africaparis(c)Charles-André EKAMBI

 Africaparis © Charles-André EKAMBI

Eva Doumbia répond aux questions d’african links 

african links : Eva Doumbia, pouvez-vous vous présentez brièvement ? Qu’est-ce qui vous a menée au théâtre, au métier de metteure en scène ?

J’ai grandi en Normandie, dans un environnement à la fois ouvrier et enseignant, d’une mère française et d’un père malien/ivoirien. La ville où nous habitions, communiste, proposait des activités artistiques presque gratuitement. J’ai pratiqué tout ce qu’il était possible de pratiquer. Je crois qu’être une enfant métisse, en France, à ce moment du pays ma fait naître avec une fêlure qui est sans doute l’origine de ma créativité et de ma force.

african links : Vous êtes à l’origine de l’événement Africaparis dont la 1ère édition signait la célébration parisienne des cultures noires, à travers l’art, la mode, la cosmétique, la gastronomie, le théâtre ou encore des conférences abordant des thématiques socio-culturelles. Quels sont les enjeux défendus par l’événement Africaparis ? Estimez-vous avoir atteint vos objectifs?

Je ne suis pas à l’origine. La direction du Carreau du Temple m’a proposé une carte blanche autour de l’Afrique, j’ai répondu par une proposition Afropéenne, parce que mon travail l’est. Les enjeux étaient de faire découvrir ces créateurs, ces penseurs, ces designers qui sont français, qui enrichissent le pays. De permettre aussi que nous nous rencontrions, entre nous, que nous rencontrions les autres. Et que la place des afropéens français soit pensée, avec sa singularité.

african links : Pour la pièce de théâtre Afropéennes – dont vous êtes la metteure en scène -vous collaborez avec Leonora Miano, qui s’est vue décerner la croix du Chevalier des arts et des lettres en 2014. Qu’est-ce qui vous a encouragé à vous engager à ses côtés pour ce projet ? Cette collaboration a-t-elle eu une influence sur votre travail ? Sur votre réflexion personnelle ?

Nous n’avons pas collaboré au sens où elle n’est pas intervenue dans les choix de création du spectacle. Bien sûr, et je le fais avec tous les auteurs dont je monte les textes (si c’est possible), nous avons échangé avant et pendant la création. Je lui ai demandé son avis quelque fois. Mais mettre en scène, et adapter un texte, c’est aussi accepter d’avoir une lecture du texte, qui ne sera pas forcément celle qu’a voulu l’auteur.

J’aime beaucoup les livres de Léonora Miano, c’est une grande auteure. C’est le point de départ. Qu’elle soit décorée n’est pas important. Ce qui est important c’est l’œuvre, sa pensée. Il y a des choses que je n’avais pas vraiment identifiées, qui me sont apparues à la lecture de certains textes. C’est par elle que j’ai entendu le terme « afropéen » pour la première fois : ce qui a été déterminant. Mais je crois aussi, aujourd’hui, qu’il est difficile de se déterminer soi-même dans ce pays, parce qu’on est trop englué dans les problèmes connexes à cette identité.

african links : Entre une sur-médiatisation de vedettes noires hyper-sexualisées de l’industrie musicale (Nicki Minaj, Beyoncé, Rihanna…), le poids colonial des représentations de la femme noire et une réalité contemporaine sociale amère, quelle est votre avis sur la condition de la femme afro-descendante en France ? Quel message pour les plus jeunes d’entre elles ? Enfin, comment définiriez-vous le terme « Afropéenne » ?

Une afropéenne c’est une européenne qui est aussi africaine. C’est aussi simple que ça ! Je n’ai pas de message à délivrer aux plus jeunes car je pense que nous sommes encore en construction. Mais surtout je constate que certaines sont bien plus avancées que je ne le suis. Je pense à certaines blogueuses, activistes, artistes, qui ont compris des choses qu’à leur âge je ne pouvais pas nommer, trop engluée dans mes problèmes d’identités et trop occupée à me battre pour exister en tant qu’artiste – femme noire mais je ne l’identifiais pas – dans un monde théâtral réactionnaire et machiste. Je suis heureuse qu’elles soient là, parce qu’elles nous boostent, nous, les plus âgées.

 

 AFRICAPARIS en 3 points ?

– Un rendez-vous parisien qui permet de valoriser la scène africaine et afro-descendante, entre mode, culture et gastronomie. Des spectacles (danse, concerts, théâtre) ont ponctué le programme de l’événement.

– AFRICAPARIS est nécessaire à un moment où des divisions communautaires naissent dans la société française.

– Enfin, AFRICAPARIS constitue un espace d’échanges et d’interaction entre les différentes communautés d’Île-de-France. Des thématiques sociales importantes y ont été abordées, ce qui en constitue son point fort.

En +:

http://www.carreaudutemple.eu/2014/11/19/africaparis-au-carreau 

Retour sur AFRICAPARIS #1

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