Rencontre avec l’artiste Fatou Kande Senghor

Artiste sénégalaise reconnue sur la scène internationale et fondatrice du Waru Studio, Fatou Kande Senghor présente son court métrage ‘Giving Birth’ à la 56th Biennale de Venise. IAM a rencontré une artiste talentueuse dont l’humilité rayonne encore dans les Giardini de la cité vénitienne.

20130319_56Portrait de Fatou Kande Senghor ©Elise Fitte-Duval

IAM : Fatou Kande Senghor, pouvez-vous nous décrire votre parcours ? Quelles études avez-vous poursuivies et pourquoi devenir artiste ?
Fatou Kande Senghor (FKS) : Mon parcours d’artiste s’est davantage construit selon mes voyages, mes univers visuels et linguistiques. Mon père était diplomate, donc nous avons vécu avec ma famille entre plusieurs pays africains dont le Nigéria, le Ghana, le Togo, le Bénin ou encore le Cameroun; et je savais y vivre et y être. J’étais déjà imprégnée de la culture de l’autre, j’avais acquis ces différents bagages culturels. Et en plus je ne ressemblais pas à une Sénégalaise « wolof » typique, puisque mon père est casamançais et que j’ai les traits de cette région.


Je suis assez flattée de voir aujourd’hui au Sénégal – où je vis – des parents payer des études de cinéma et/ou de photographie à leurs filles, et ce d’après l’exemple de ma carrière car ils comprennent que leurs enfants peuvent avoir un avenir dans ces filières artistiques. J’en suis d’autant plus fière que mes parents à moi ne comprenaient pas ces métiers et qu’il a fallut prouver.


J’ai donc poursuivi des études de langues et de civilisations anglophones (littératures et civilisations américaine, anglaise), dans le nord de la France, à Lille. J’avais pris l’option filmologie suggérée par mon frère aîné, juste pour « m’évader ». Et j’ai eu une professeure fabuleuse qui m’a fait faire le tour du monde, le temps des cours. Je découvrais alors les photographies de Boubacar Touré Mandémory,  Borrom Saret et La noire de Sembène Ousmane, Touki Bouki de Djibril Diop Mambety. Et je me suis dis : « Je viens de cette région du monde, qu’est ce que je fais aussi loin de chez moi ? » J’ai peiné pour obtenir mon diplôme car je ne pouvais plus rester en place sur les bancs de l’université.  J’étais très investie dans le milieu associatif et artistique sur Paris. J’ai quitté la licence quasiment une semaine avant les examens, en ayant le sentiment de faire un acte téméraire et courageux.Une fois à Paris, j’ai visité les écoles d’art et j’ai à peine intégré l’une d’elles que j’ai compris que je n’y apprendrais pas grand chose. Il y avaient des propos à déconstruire et c’était une tâche pour laquelle je n’étais pas prête…
Je me satisfaisais du bagage universitaire de mon double cursus à Lille et de mes lectures. J’avais regardé toute la filmographie russe, française, allemande. Je me souviens encore avoir regardé « Le cuirassé de Potempkine » tellement de fois, que la bande VHS avait cédé. J’allais dans une petite salle de cinéma d’Art et d’Essai rue de la Clef, tenue par une association d’Africains qui me donnait des bouts d’Afrique, de moi-même. J’y ai découvert Med Hondo et Souleymane Cisse.

En + sur african links: L’Autre en Moi de Fatou Kande Senghor

Après dix ans passés en France, je ne pouvais plus y vivre car je manquais de « matière brute ». Je suis rentrée en Afrique avec pour première escale le Burkina Faso, terre du cinéma. J’assistais pour la première fois au FESPACO en 1992 : j’étais comme jetée dans une pâtisserie dans laquelle il n’y a que de bonnes choses, découvrant des esthétiques, des langues, des visages familiers, tout un tas de choses qui me ressemblaient et qui me parlaient. Je suis restée à Ouagadougou pendant deux ans. J’y ai rencontré la vie, le goût pour l’Afrique et l’amour. La suite logique était de rentrer à la maison, c’est à dire au Sénégal, afin d’y retrouver toute ma famille. Mon retour a favorisé ma volonté de me construire dans mon pays, d’échanger, de partager, et d’apporter ma pierre à l’édifice : cela fait aujourd’hui vingt ans que je suis rentrée. Ces dernières années ont été ponctuées par des voyages et des rencontres inoubliables.
J’ai pris le temps nécessaire de devenir une artiste avec un projet artistique, avec des concepts forts. Je n’étais pas pressée parce que dans mon univers spirituel, les choses arrivent à point, on ne va pas les chercher vaille que vaille. Dans la culture Malinké, on dit que chacun naît avec une destinée, mais que Dieu jette des outils pour plier le destin. Je façonne alors mon avenir toujours avec subtilité afin d’éviter de commettre des erreurs en tombant dans le facile et le mercantilisme. Je traite mes sujets corps et âmes, avec exigence, et en utilisant le médium approprié qui s’impose à moi. J’ai aussi ce côté Modern Woman (Femme moderne) qui va au bout de ses rêves et de sa liberté.

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