10 « Art – Polémiques »

Les peintures de Gustave Courbet (L’origine du monde, 1866) et d’Edouard Manet (« Olympia », 1863)  bousculaient les codes picturaux de la fin du 19ème siècle, la Fountain de Duchamp perturbait les plus critiques, et apportait un souffle nouveau sur un académisme artistique classique.

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Edouard Manet, Olympia, 1863

L’art contemporain reste une arme subversive pour dénoncer des faits de société et faire entendre sa voix. Mais à quel prix ?

Voici un top 10 des œuvres qui ont soulevé une vague de polémiques dans le champ de l’art, de l’opinion commune avec des répercussions sur Internet.

Exhibit b

De représentations passées inaperçues en 2013 au Festival d’Avignon, à un contexte houleux en région parisienne, en 2014, Exhibit b n’a pas fait l’unanimité et a suscité une vive polémique sur les réseaux sociaux et devant les lieux de représentation.

La pièce performative de Brett Bailey a fait coulé beaucoup d’encre dans la presse écrite et sur la toile…

Dans ce cortège de corps noirs réduits à de simples figurants muets de l’histoire, je me demande encore où se trouve le corps de l’artiste dans sa propre œuvre ?

Exhibit b une pièce performative qui remplit de manière laconique sa fonction d’œuvre d’art: pourquoi avoir éviter tous ces débats?

en plus sur african links: Retour sur Exhibit b

 

Jacob Zuma mis à nu

On reste en Afrique du Sud, pour s’attarder sur un autre artiste prénommé Brett… Murray cette fois-ci.

The Spear (La lance) (2011) représente le président Jacob Zuma selon les mêmes codes esthétiques utilisés pour le poster de propagande réalisé par Victor Ivanov Lenin Lived, Lenin is Alive, Lenin Will Live en 1967.

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Brett Murray, The Spear, 2011, Acrylic on canvas, 185 x 140cm

Courtesy of Goodman Gallery

Même stature, mêmes couleurs, une saturation plus accentuée pour une dimension graphique plus affirmée et contemporaine ; mais les parties intimes de l’homme politique sont à la vue de tous… Ce qui le décrédibilise totalement, et met l’accent sur la vie privée de Jacob Zuma ainsi que son côté « séducteur » (il a contracté plusieurs mariage et est donc polygame).

Entre pressions du parti politique de l’ANC, vandalisme (le tableau a été endommagée en mai 2012 à la Goodman Gallery) et plusieurs procès, The Spear de Brett Murray est aujourd’hui classé comme oeuvre non pornographique et reste accessible à tout public…

Dirty Corner capote à Versailles

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 Dirty Corner, Château de Versailles ©Fabrice Seixas

La sculpture Dirty Corner d’Anish Kapoor serait un « vagin géant » à en croire ses détracteurs. Un propos de l’artiste a vraisemblablement été mal interprété, conférant ainsi une connotation sexuelle à Dirty Corner.

L’exposition qui s’ouvre au public dès le 9 juin 2015, et pour une durée de cinq mois, commence mal avec cette œuvre qui fait déjà beaucoup parler d’elle.

Toutes les œuvres contemporaines exposées dans ce haut-lieu du patrimoine français qu’est le Château de Versailles, ont fait l’objet de vives protestations et/ou d’actes de vandalisme (Jeff Koons en 2008, Murakami en 2010 et Joana Vasconcelos en 2012).

Affaire à suivre…

Faire de son vagin… un canoë

Il existe un réel tabou autour de la représentation du sexe féminin, tandis que celle du sexe masculin semble s’être banalisée dans l’art (Haring, Basquiat, Takis, sculptures antiques…), comme un élément symbole du « cool » ( ?…)

Déjà, comme je le rappelais plus haut, L’Origine du monde de Gustave Courbet faisait un tollé en 1866 en France.

Source de l’image : web

L’artiste japonaise Rokudenashiko était arrêtée en juillet 2014 pour avoir enfreint la loi à l’obscénité: en mai 2014, Rokudenashiko avait mis au point un canoë à partir du moule de son vagin. Elle risque aujourd’hui jusqu’à deux ans d’emprisonnement…

Makode Linde et son gâteau-performance

L’artiste Makode Linde tenait à manifester le degré douleur imposée aux jeunes filles victimes de mutilations génitales, à travers une performance. A chaque fois que les invités découpent une part de gâteau, l’artiste émet des cris de souffrance. Il y a de l’idée mais le ton reste burlesque voire ubuesque, ce qui n’est pas adapté au sujet traité.

en + sur african links: Makode Linde et son gateau performance

 

La place des femmes à la mosquée

Silence (2008) de Zoulikha Bouabdellah a eu beaucoup d’échos. Bons ou mauvais, selon la position d’où l’on se place.

L’artiste a vu son œuvre être retirée de l’exposition du Pavillon Vendôme (Clichy-la-Garenne) « Femina ou la réappropriation des modèles », dont le vernissage avait lieu le 24 janvier 2015.

Zoulikha Bouabdellah, Silence 2008

Courtesy Galerie Anne de Villepoix

Le contexte socio-politique français post- Charlie, n’était pas le meilleur pour cette installation composée de 28 tapis de prière, perforés en leurs centres, où sont déposées donc 28 paires d’escarpins.

L’œuvre questionne la place des femmes dans les mosquées et semble braver un interdit religieux : il est interdit de marcher sur un tapis de prière avec des chaussures – même si elles sont disposées sur le sol même et non sur le tapis.

Les tapis troués et l’allusion significative à la religion musulmane n’ont visiblement pas plu à la Fédération des associations musulmanes de Clichy (Fedam), qui a manifesté clairement son mécontentement aux autorités municipales qui ont ensuite décidé de retirer temporairement Silence, de l’exposition.

Face au manque de réaction de la Mairie de Clichy-la-Garenne, et au remplacement de Silence par la vidéo Dansons (2003), Zoulikha Bouabdellah n’a pas souhaité une réinstallation de son œuvre ; ce qui a entraîné la fermeture de l’exposition « Femina ou la réappropriation des modèles », car l’ensemble des artistes présentés ont décrochés leurs œuvre en soutien à l’artiste franco-algérienne.

Censure à la 56ème Biennale de Venise

The Mosque est une installation de Christoph Büchel, présentée au pavillon islandais.

L’artiste suisse a investi l’ancienne église Santa Maria Della Misericordia – qui n’accueillait plus de culte – pour la transformer en mosquée.

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Christoph Büchel, The Mosque, 2015, Biennale de Venise

Un symbole fort et pertinent d’imbriquer deux grandes religions monothéistes l’une dans l’autre, à une époque où l’islamophobie bat son plein à l’échelle internationale. Par ailleurs, avec cette installation poignante, Christoph Büchel met en place pour une durée éphémère la première mosquée de Venise.

Le pavillon islandais ferme ses portes le 22 mai, sous la décision des autorités vénitiennes, soit 2 semaines après l’ouverture au public de la Biennale et de cette installation, qui n’avait pu être découverte avant par les journalistes : l’installation attirerait trop de visiteurs, ce qui nuirait aux conditions de sécurité.

Entre art contemporain, religion et enjeux politiques, The Mosque a été un espace fédérateur entre les communautés musulmanes de Venise et d’Islande, mais également un interface entre le monde et la vision d’un artiste.

L’installation me rappelle ce clocher placé dans la mosquée de Saint-Louis (Sénégal), pour sonner l’heure de la prière, car autorités françaises ne souhaitaient pas être dérangées par l’appel à la prière… Un autre sujet pour la 57ème Biennale d’art contemporain de Venise ?

Repos forcé pour Mounir Fatmi

Sleep Al Naim (2005-2012) de Mounir Fatmi est une vidéo en 3D qui dure six heures. Elle présente l’écrivain Salman Rushdie dans un sommeil paisible.

La tête de Rushdie est mise à prix depuis près de vingt ans, suite la publication de ouvrage intitulé Versets sataniques (1988), car les propos qui sont relatés ont été jugés insultants envers l’Islam par les communautés musulmanes.

Serein, l’artiste marocain présente l’ « écrivain maudit », dans un contexte calme, loin de toute la violence qui affecte son image médiatique.

Après les commissaires de l’exposition « 25 ans de création arabe » (1)(octobre 2012-février 2013), c’est au tour du directeur de la Villa Tamaris (La Seyne-sur-Mer) de rayer Sleep Al Naim de son exposition « La nuit » afin d’éviter tout débat et fausses interprétations. (2)

La prudence des institutions tuerait-elle l’art ?

Un plut géant et vert

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 Paul McCarthy,Tree , place Vendôme (Paris), octobre 2014 ©Photo Bertrand Guay pour l’AFP

On se souvient de ce sex-toy géant place Vendôme qui avait défrayé la chronique fin 2014 et suscité une grande polémique nationale. C’est ce qui arrive quand le chic parisien est confronté à l’underground des bas quartiers.

Paul McCarthy chamboule la capitale d’est en ouest avec ses œuvres qui interrogent les enjeux de la reproduction et de la sexualité aujourd’hui.

Un plug anal, un sapin de Noël ou une simple abstraction, pas une minute à réfléchir pour les agresseurs de l’artiste américain, et les personnes qui ont dégonflé le Tree de Paul McCcarthy.

Panique au Jeu de Paume

Toujours à Paris mais sur une autre place et un an plus tôt.

Juin 2013, l’exposition monographique Phantom Home, d’Alhlam Shibli vaut à l’institution de recevoir menaces de mort en tout genre : le Jeu de Paume se verra même contraint de fermer ses portes une journée à cause d’une alerte à la bombe.

AShibli_5Ahlam Shibli, Sans titre (Death n° 37)Palestine, 2011-2012

Tirage chromogène, 100 x 66,7 cm.
Camp de réfugiés de Balata, 12 février 2012.
Courtesy de l’artiste © Ahlam Shibli

C’est la série Death qui dérange. Elle présente et humanise les « martyrs » morts dans le conflit israélo-palestinien.

Alhlam Shibli ne propose que sa vision d’une réalité qui anime tous JT internationaux. Bien que taxée de faire l’«apologie au terrorisme », l’exposition Phantom Home n’a pas fermé ses portes et a été maintenue jusqu’à la fin, avec de multiples marques de soutien.

Death nous rappelle que ce sont des vies humaines qui sont perdues chaque jour, au nom d’une lutte sans fin…

 

L’art permet de critiquer la société, le pouvoir en place, de dénoncer et avant tout de s’exprimer en élaborant de nouveaux espaces d’échanges, tout en créer du lien social.

Que l’on aime ou que l’on aime pas, que l’on y soit sensible ou non, certaines œuvres d’art ont permis de faire progresser les choses, en transcendant les frontières disciplinaires.

La fonction première d’une œuvre reste de provoquer une émotion, peu importe que ce soit de la joie, de la peine ou de la colère ; mais tout en inscrivant son ressenti dans un dialogue avec l’artiste, qui se doit d’être au plus près de son public pour réagir à ces critiques.

Ces exemples n’illustrent pas ce partage prôné par l’art qui serait un vaste champ de reproduction des faits sociaux, à une échelle micro sociologique, entre censeurs et censurés, agresseurs et agressés, dominants et dominés.

 

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En + :

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/02/23/l-artiste-marocain-mounir-fatmi-censure-sur-la-cote-d-azur_4581671_3212.html

http://www.mounirfatmi.com/2video/sleepalnaim.html

https://news.artnet.com/art-world/anish-kapoor-versailles-sculpture-vagina-305659

https://news.artnet.com/art-world/anish-kapoor-versailles-sculpture-vagina-305659

http://www.paris-art.com/echos/exposition-de-l-artiste-palestinienne-ahlam-shibli-le-jeu-de-paume-repond-aux-accusations/1459.html

http://www.jeudepaume.org/index.php?page=article&idArt=1774

 

 

Un commentaire

  1. Très intéressant tour d’horizon ! Je ne connaissais pas Silence mais j’ai découvert l’artiste Zoulikha Bouabdellah en allant visiter il y a deux mois l’exposition Body Talk à Bruxelles où certaines de ses œuvres étaient exposées au Wiels.

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