Les perruques de Meshac Gaba au Musée national de l’Immigration

Un cortège composé d’hommes et de femmes habillés de toges blanches qui portent d’énormes perruques tissées, de différentes couleurs et formes, qui leur couvrent la tête et le visage, défile en rang organisé. Le public accompagne et marche en parallèle de cette chaîne humaine.

Un homme noir, vêtu d’un T-shirt, d’une chemise, de chaussures et d’un pantalon blancs, semble guider la troupe. Lunettes noires vissées sur le nez, nous reconnaissons quand même l’artiste Meshac Gaba.

Avec MAVA-Musee d art / Procession view ( Karlsruhe ZKM , 2011) l’artiste béninois confronte une tradition qu’il a réinventé de manière artistique, dans un contexte totalement extérieur aux valeurs présentées.

Gaba ancre alors une tradition « créolisée » dans la ville allemande Karlsruhe (Sud-Ouest).

La photographie de MAVA-Musee d art / Procession view  fait la couverture d’un ouvrage : The Global Contemporary and the Rise of New Art Worlds (2013).

L’œuvre de Meshac Gaba serait-elle la parfaite illustration de l’émergence de ces nouveaux mondes de l’art dans un système global de l’art?

book_gaba

Dès le 23 juin prochain, les perruques de Meshac Gaba investissent le Musée national de l’Immigration de la Porte Dorée, à Paris.

 Meschac Gaba Perruque MAVA Fela Kuti (124 x 20 x 26 cm)Meshac Gaba, Fela Kuti, 2010, 2011

Pourquoi au Musée national de l’Immigration ?

Meshac Gaba interroge une identité altérée sous les effets de la mondialisation.

L’artiste donne à ses perruques le nom de monuments connus et /ou de personnalités publiques. Fela Kuti, Tour Montparnasse, Garrett Morgan ou encore Notre Dame de Paris, sont réunis et juxtaposés sous la bannière de l’art contemporain. Ces pièces sculpturales composent le puzzle d’une cartographie empreinte de syncrétisme artistico-culturel.

Notre Dame_Meschac Gaba_photo Marc Domage_2

 Meschac Gaba, Notre Dame de Paris, 2006 

Ces fusions symboles entre le fond et la forme témoignent de l’aspect créolisé dont rend compte l’œuvre de Meshac Gaba.

A travers son installation Boulangerie africaine (2004) (1), l’artiste béninois prend le symbole de la baguette de pain, qui incarne de manière symbolique  la tradition et l’artisanat français, à l’échelle internationale. Nous retrouvons la baguette dans un contexte différent de celui de son « origine » à savoir les boulangeries du Bénin. Ce symbole franco-français rendu pérenne sous forme de sculptures en céramique dorée et argentée, est confronté à une histoire coloniale et postcoloniale, où s’interconnecte une tradition riche d’éléments de différentes cultures.

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 Boulangerie Africaine, 2004, Installation Vidéo, médias mixtes

Source de l’image : Web

 

L’œuvre de Meshac Gaba interroge cette identité des 20ème et 21ème sans cesse redéfinie par les grandes puissances de ce monde. Les frontières fortifiées n’empêchent pas les interconnexions entre les différentes cultures.

L’exposition des perruques de Meshac Gaba au Musée nationale de l’immigration trouve sa cohérence et sa résonnance, dans le fait que ces sculptures textiles constituent le regard de l’artiste sur ces personnalités américaines, africaines et ces monuments européens, dont il « traduit » plastiquement son ressenti.

Les perruques de Meshac Gaba sont des pièces d’art, qui incarnent des fragments de l’histoire.

 En + sur african links : Le cheveu comme apparat esthétique

 

De l’art à la manière

L’identité s’appuie également sur l’aspect et le type de cheveux.

Les perruques de Meshac Gaba nous rappellent ces masques traditionnels d’Afriques de l’Ouest. Ainsi, la photographie de la performance en couverture de l’ouvrage The Global Contemporary and the Rise of New Art Worlds, atteste de la dimension sacrée de ces artefacts contemporains.

Meschac Gaba Garnett Morgan perruque MAVA (105 x 27 x 18 cm) 2010-2011  - copie

Meshac Gaba, Garrett Morgan, 2010-2011

Parallèlement, Outre-Atlantique, Gaba expose ses perruques au Studio Museum of Harlem, pour Salon Style (2). L’exposition questionne les esthétiques capillaire et unguéale comme des terrains d’expression de soi.

Les coiffes de Gaba se reflètent dans un miroir exotisé situé à la frontière du Nord et du Sud; situé entre la tradition et le contemporain.

 

MESHAC GABA, PERRUQUES

Installation présentée du 23 juin au 20 septembre 2015

Entrée libre – Forum du Palais de la Porte Doré

Plus d’info ici

Crédit Image des oeuvres de Meshac Gaba: 

© Marc Domage – l’artiste & Galerie In Situ – Fabienne Leclerc, Paris

En + :

(1) http://www.tate.org.uk/whats-on/tate-modern/exhibition/level-2-gallery-meschac-gaba/level-2-gallery-meschac-gaba-text

(2) http://www.studiomuseum.org/exhibition/salon-style-0

Né en 1961 à Cotonou, Bénin. Vit et travaille entre Rotterdam et Cotonou.

 

 

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