Photoquai 2015 – Focus Joana Choumali

Affiche d’exposition. PHOTOQUAI, 5ème Biennale des images du monde.

Du 22 septembre au 22 novembre 2015, la Biennale des images du monde investit différents lieux parisiens.

L’exposition principale se situe juste en face du Musée du Quai Branly ; des expositions mineures son dispersées entre le premier étage de la Tour Eiffel, à la galerie Clémentine de la Ferronière, avec un focus sur le photographe ghanéen James Barnor, ou encore au Musée du Quai Branly.

Exposition. PHOTOQUAI, © musée du quai Branly, photo Gautier Deblonde

Photoquai, c’est le rendez-vous artistique des amoureux de la photographie. Sur le thème de la famille, l’édition 2015 propose une odyssée imagée entre émotions et surprises, proposée par 40 photographes originaires des pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine, du Moyen-Orient, d’Océanie et de la Fédération de Russie.

Frank Kalero, acteur multi-casquettes de l’art est le directeur artistique de la biennale ; et Azu Nwagbobu, le fondateur de l’African Artists’ Foundation (2007), est le commissaire de la sélection « Afrique ».

Les visages du continent africain sont représentés par six photographes.

Renaissance

© Delphine DIALLO, Renaissance, 2009 

Delphine Diallo propose des portraits fantasmagoriques d’une réalité saisissante, représentant les différents membres de sa famille paternelle qui vivent à Saint-Louis, au Sénégal. La photographe parisienne jongle entre son héritage franco-sénégalais et les influences esthétiques des premiers studios photo maliens, qu’elle remet au goût du jour.

Diaspora

© Omar Victor Diop, Diaspora – Don Miguel De Castro, 2014-15,                       

Omar Victor Diop réécrit cette histoire européenne qui a oublié de mettre des noms sur ces photographies et portraits de personnalités originaires d’Afrique et/ou issues des diasporas africaines. Ainsi, Diop se met dans la peau d’ August Sabac El Sher (1836-1885) un afro-allemand qui a intégré la haute société prussienne du 19ème siècle; de l’ancien esclave Baptiste Belley (1746-1805) qui est devenu une figure de la Révolution Française ou encore de Kwasi Boakye (1827-1904), né prince Ashanti qui se retrouve ingénieur des mines aux Pays-Bas.

Ces questionnements de l’artiste se prolongent en autoportraits décalés et modernes, dont l’esthétique photographique est en résonnance avec les styles picturaux européens des 15ème et 16ème siècles. Diapora est une introspection historique qui à l’orée du 21ème siècle, questionne à nouveau la notion de mondialisation, à travers l’imbrication de ces trajectoires personnelles entre l’Afrique et l’Europe.

Zulu kids ¿ Ya kala ben

© Namsa Leuba, Zulu Kids – Ya Kala Ben, 2014

Namsa Leuba livre des compositions mystico-réalistes à travers sa série Zulu Kids – Ya Kala Ben. Ces jeunes sujets nous rappellent ces statuettes cultuelles aux prises avec des pouvoirs surnaturels. La photographe suisso-guinéenne questionne sa propre relation à l’Afrique avec ce rapport particulier au temps et à l’univers, qui différent selon les croyances et les régions du monde se mue de manière parfois radicale selon les époques.

Passeport

© Emilie Regnier, Passeport, 2013-14

Emilie Régnier déroge aux règles classiques de la photographie et présente ses mini-portraits, loin de toute inspiration Pop art, mais dont le style nous rappelle sans équivoque les photos d’identité pour les documents officiels type carte d’identité et passeport.

Passeport West Africa présente les portraits d’anonymes, des images de personnes inconnues qui nous sont présentées de manière formelle, mais nous semblent au bout du compte familières.

Sunu street

© Siaka S. Traoré, Sunuu Street, 2013-14

Les compositions photographiques de Siaka S.Troré révèlent une magie urbaine exceptionnelle. Sans effets spéciaux, ces scènes dakaroises surnaturelles de danse hip hop interpellent notre imagination. Sunuu Street signe la réappropriation de l’espace urbain par les danseurs.

 We are family. 

La partie « Moyen-Orient » dont le commissaire est la franco-tunisienne Michket Krifa, présente le travail de trois photographes originaires du continent africain, d’un point de vue géographique. Entre illogisme et poids de l’histoire, la séparation entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne est reproduite à l’occasion de Photoquai…

Ainsi, rejoignant l’aire du Moyen-Orient, Myriam Abdelaziz (Egypte) témoigne du travail des enfants des carrières de calcaire de Menya; Faten Gaddes (Tunisie) rend compte de l’héritage des différentes ères politiques à travers une mosaïque photographiqe de la société tunisienne, enfin My Taboo Child de Zara Samiry met l’accent sur le sujet des mères célibataires au Maroc, dont le statut n’est absolument pas reconnu dans la société.

© Zara Samiry, My taboo child, 2013

Qu’est qu’être une famille ? A quoi ses différents membres se reconnaissent ? A travers des une forte ressemblance, des liens génétiques ou encore des objectifs de vie communs ?

Dans l’idée de famille, réside le concept d’une communauté qui unit ne forme plus qu’un, l’espace d’une période donnée.

Ces sentiments d’appartenance, de solidarité voire d’unité sont illustrés par ces images qui nous viennent du monde entier.Les méandres de l’amour maternel sont décrits mais également les liens forts qui naissent entre les membres de ces micro-sociétés, ainsi qu’entre les sujets photographiés et leurs photographes. Une communauté sur un réseau social interagit ensemble à un moment donné pour créer, et produire du lien social.

Comment faire vivre cette notion de famille quand l’Afrique est amputé du Maghreb ou quand la Fédération de Russie rattaché fait cavalier seul, et n’est rattachée à aucune aire géographique ?

Le découpage idéologique de Photoquai selon lequel les espaces géographiques prédéfinis, apparaîtrait-il comme une sous-famille en opposition au reste du monde ?

Focus : Hââbré, la dernière génération, 2013-14 – Joana Choumali

Le visage de profil, le regard tourné vers l’avenir mais, le motif de sa scarification reste immuable, comme ancré dans un passé sans héritage. Ce témoignage silencieux est celui de Monsieur Salbre qui porte sur son visage, le poids de la culture et de la communauté Bissa du Burkina Faso.

Hââbré, la dernière génération

M. Salbre S., jardinierà la retraite . Ethnie Bissa,Burkina Faso. « Je suis Bissa, du Burkina, je suis retraité. J’étais très petit quand on me l’a fait. Moi je ne veux pas le faire à mes enfants. Nous sommes la dernière génération. Il te sera difficle de trouver des gens de moins de 40 ans avec des scarifications. »

C’est avec une grande émotion que je découvre – enfin et en vrai – les portraits, les images de la série Hâaâré, la dernière génération de Joana Choumali, sur la promenade du Quai Branly.

Des visiteurs s’attardent, discutent et sont fascinés par la prestance de ces portraits, par cette violence latente qui s’étiole devant le lyrisme des photographies. Depuis l’enfance, Joana Choumali a toujours été impressionnée par la scarification qu’elle explore, en interrogeant avec justesse et humilité sa signification dans les sociétés contemporaines.

Signes de reconnaissance entre les différentes communautés, cette pratique sociale est vue comme ancestrale et obsolète, et non plus adaptée aux modes de vie d’aujourd’hui ; tandis que le tatouage reste prisé par les plus jeunes ou enncore les groupes appartenant à des sous-cultures.

Exposition. PHOTOQUAI, © musée du quai Branly, photo Gautier Deblonde

Avec Hâaâré, la dernière génération, Joana Choumali replace la scarification dans sa dimension historique, lui redonnant ses lettres de noblesse et en éloignant toute corrélation avec une pratique barbare.

Ancrées dans la chair pour marquer un signe d’appartenance, ces blessures superficielles deviennent les caractères d’un langage corporel qui, entre stupéfaction et curiosité nous délivrent un message sur les us et coutumes de certaines régions d’Afrique.

En opposition aux stigmates imposés avec violence durant l’esclavage, allant du marquage au fer des initiales du maître aux traces des souffrances propre à une violence extrême, ces cicatrices d’un esthétisme rituel sont les lignes sur lesquelles s’écrivent des histoires personnelles.

« Congo ayant les dents pointues et des marques du pays formant une croix sur chaque sein (..)17 » Les colons appellent « marques du pays» les motifs indélébiles que présentent les corps des Africains à leur arrivée dans les Caraïbes. Ces scarifications sont les seules traces visibles que les « migrants nus» conservent de leur terre natale. En Afrique, par-delà sa fonction esthétique, le marquage du corps traduit l’appartenance de l’individu à la communauté. La scarification représente ainsi le premier obstacle a la mise a nu, à la dépossession de l’es- clavage. Un corps scarifie constitue d’emblée un « corps-mémoire », une surface OU se déploie l’écriture singulière d’un peuple : les « marques d’Arada », les « marques de Congo », les « marques d’Ibo ».

Je vois les photographies de Joana Choumali comme un lien solide qui se tend entre un passé non documenté et un présent en constante interrogation ; entre le contemporain et la tradition, enfin entre les images de pratiques culturelles africaines et les mots manquant pour les expliquer au reste du monde.

Bien reçue par le public ainsi que par la critique, la série photographique Hââré, la dernière génération, est une interface de dialogue entre les générations, et les membres de cette génération Hââbré réunis telle une famille sous l’objectif de la photographe ivoirienne.

Après Résilientes et  Hââbré, Joana Choumali présentera un nouveau projet au Lagos Photo Festival. L’artiste soulève avec cohérence la problématique des mannequins dans l’industrie du commerce et du textile en Côte d’Ivoire et dans la sous-région de l’Afrique de l’Ouest.

C’est sur la description de ce jeu entre les canons de beauté standardisés occidentaux et les mensurations voluptueuses de l’idéal féminin africain, que s’appuie la photographe pour produire un travail plus que visionnaire, sur la condition de la femme, et par extension de la femme noire.

Rendez-vous dès le 24 octobre, à Lagos, pour le Festival dont la thématique est « Designing Future ». (* « Inventer le futur »)

Crédits Photos: © musée du quai Branly, Photoquai 2015

En +:

Source:

(1) Dénétem Touam Bona, « Les métamorphoses du marronnage », Lignes 2005/1 (n° 16), p. 36-48. DOI 10.3917/lignes.016.0036

note 17: J. Fouchard, Les Marrrons de la liberté, op. cit., p. 239-242. « Quasiment tous les Africains déportes étaient scarifiés. »

http://www.photoquai.fr

http://www.lagosphotofestival.com

 

 

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