L’art africain: entre folklore et contemporain?

 Vue de l’exposition Folk art africain ? Frac Aquitaine 2015
© Jean-Christophe Garcia

Quand la création africaine d’aujourd’hui s’expose à Bordeaux, c’est au FRAC Aquitaine, qui du 24 septembre au 19 décembre 2015, présente Folk art africain ? . L’exposition se veut être un dialogue entre deux visions, entre deux espace-temps eux-mêmes divisés par le concept de modernité.

Les différentes œuvres des artistes Kiripi Katembo, Kifouli Dossou, Samuel Fosso, Omar Victor Diop , Romuald Hazoumè, J-P Mika, Gerard Quenum, Sory Sanlé, Amadou Sanogo, et Ablaye Thiossane se rencontrent et racontent un récit collectif. Ainsi, différentes visions et différents points de vue se confrontent pour raconter un présent en perpétuelle mutation.

La notion de folklore renvoie à la tradition, aux arts populaires locaux, qui d’un point de vue globalisé ne sont pas pris au sérieux. Evoquer un «folklore africain », reviendrait à remettre en question l’opposition entre les cultures des colonisateurs et les cultures des colonisés ; entre cultures dominantes et cultures dominées.

Vue de l’exposition Folk art africain ? Frac Aquitaine 2015
© Jean-Christophe Garcia

Entre tradition, folklore et modernité

La colonisation produisit une rupture brutale dans le développement des cultures en Afrique. La destruction massive d’objets et l’interdiction de les reproduire ont mis un frein radical à la création et la transmission des connaissances traditionnelles. La scolarisation dans des écoles de langue française, l’introduction de produits manufacturés, la désuétude des ateliers artisanaux qui en résulta, (…) et la mise en question des systèmes familiaux traditionnels, toutes ces situations vont ajouter au traumatisme culturel et social, un phénomène d’acculturation, de dépersonnalisation. (1) 

De quel folklore africain parlons nous ? Du folklore avant la colonisation ? Ou du folklore qui a pris son essor sous le regard occidental ?

Joëlle Busca identifie la période de la colonisation comme une transition culturelle fondamentalement subversive, dans les différentes sociétés du continent africain.

Un nouveau folklore produit de toute pièce, acculturé et sans réelle essence africaine, pointera le bout de son nez, assorti d’étoffes en wax et de fétiches en bronze.

Dans les années 30 cependant, un certain nombre de colons vont s’émouvoir de l’existence de ce réservoir inexploité de talents africains, induire et contrôler l’émergence d’une nouvelle activité artistique qui débouchera sur la naissance d’un art africain international. (1)

Ce « remix » entre les traditions religieuses et populaires, et une modernité importée par la colonisation, aboutit ainsi sur une vision globalisée de l’ensemble des cultures d’Afrique.

Cette archéologie des traditions africaines élève masques, statuettes, fétiches et autres artefacts au rang d’œuvres d’art aux yeux du monde entier, au début du 20ème. La décontextualisation et l’exportation de ces objets dont l’authenticité pourrait être remise en cause par l’influence de la colonisation, favorise alors l’internationalisation d’un art dit « africain ».

Et aujourd’hui, entre folklore et contemporain

Folk art africain ? interroge cette frontière entre les traditions et la création contemporaine d’Afrique.

Que font les artistes d’aujourd’hui de ce dit folklore africain laissé en héritage par la mondialisation ?

Kifouli Dossou (1978, Bénin) produit des masques Guélédé, dénués de leur dimension rituelle. Il en retient l’esthétisme yoruba et la forme, transformant l’objet en un véritable vecteur de transmission de la tradition.

Romuald Hazoumé (1962, Bénin) reprend les matières plastiques au compte de l’héritage traditionnel. Ces figures modelées dans des matières contemporaines restent figées dans l’histoire actuelle, sans un mot, juste un silence en écho avec un autre temps. Les masques d’Hazoumé se jouent du folklore dans les deux sens du terme : ses sculptures balaient d’un revers les critiques aiguillées vers la création africaine contemporaine, tout en s’appuyant sur le fond et la forme des cultures traditionnelles.

Samuel Fosso (1962, Cameroun) réenchante l’histoire des cultures noires à travers une série d’autoportraits où il se présente dans la peau de personnalités réelles ou fictives. Sa démarche renvoie à la tradition de la photographie en studio, dont de grands photographes comme Seydou Keita, Malick Sidibé ou encore Sory Sanlé (1943, Burkina Faso) – dont les photographies sont également présentées pour l’exposition – ont su en faire leur marque de fabrique.

Dans son sillage Omar Victor Diop (1980, Sénégal) réinvente un folklore, qui entre un kitsch esthétique « tape à l’œil » et une portée universelle, dépeint la cartographie culturelle de l’Afrique d’aujourd’hui. Sa série Le Studio des Vanités (2012) est un puzzle photographique des portraits des acteurs qui font bouger la scène culturelle du continent.

Vue de l’exposition Folk art africain ? Frac Aquitaine 2015
© Jean-Christophe Garcia

Ces œuvres présentées ensemble racontent la récupération de cette rupture culturelle décrite par Joëlle Busca. Non plus sous le poids d’une tradition phagocytant la modernité, ces artistes font le récit contemporain d’un folklore à l’africaine, sans complexe, ni honte.

Folk art africain ? Oui, l’art africain s’appuie sur des symboles universels pour faire comprendre un folklore esthétique et artistique.

En +:

Plus d’infos ici

Source : (1) Joëlle Busca, L’art contemporain Africain, du colonialisme au postcolonialisme. Editions l’Harmattan, Paris, 2000. pp 148-149.

Un commentaire

  1. […] Ces œuvres présentées ensemble racontent la récupération de cette rupture culturelle décrite par Joëlle Busca. Non plus sous le poids d’une tradition phagocytant la modernité, ces artistes font le récit contemporain d’un folklore à l’africaine, sans complexe, ni honte. Virginie Ehonian  cliquer ici […]

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