Focus # 16: « Solar Drums » – Raphaël Barontini

Un début de soirée du mois d’Octobre 2015, au détour de la rue Saint-Caude, à travers la vitrine d’une galerie, une œuvre m’interpelle.

Colorée, fragmentée et vibrante, ce portrait déconstruit et reconstruit à partir d’éléments hétéroclites, forme une composition qui fonctionne plutôt bien sur le plan esthétique.

Artiste africain ? Références directes à l’Afrique et aux mondes noirs ? Ces œuvres tant cosmiques que futuristes, semblent questionner l’altérité et l’identité dans un monde globalisé. Mais quel monde ? Notre monde contemporain ou une autre galaxie idéalisée ?

Berontini 4Raphaël Barontini, Sans titre, 2015

Bienvenue à la Galerie Alain Gutharc, qui présente Solar Drums, l’exposition personnelle de l’artiste français Raphaël Barontini.

Ses inspirations, crues et encore brutes de créativité sont exposées aux visiteurs qui se doivent d’y déceler les significations de ces rébus picturaux gravitant à travers diverses galaxies. Ces fragments du réel passent par le blunder de nos imaginaires, pour établir des interconnexions entre différents syncrétismes.

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Vue de l’exposition Solar Drums, Galerie Alain Gutharc

Un peu plus loin dans l’espace de la galerie, le bruit d’un ventilateur me guide vers une installation dont l’élément central fait référence au fauteuil en rotin sur lequel était assis Huey P. Newton – (1942-1989), co-fondateur du parti politique des Black Panthers – pour une photo devenue mythique.

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Photography attributed to Blair Stapp, Composition by Eldridge Cleaver, Huey Newton seated in wicker chair, 1967. Lithograph on paper; Collection of Merrill C. Berman

Sur cette photographie datant de 1967, Newton est assis tel un chef traditionnel africain, tenant dans sa main droite un fusil et de l’autre main, une lance. Se défendre contre les violences policières injustifiées et systématiques, puis attaquer pour survivre et construire un contexte favorable en faveur du bien-être de la communauté noire d’Oakland (Californie), tels étaient les objectifs des Black Panthers. Les Etats-Unis sont encore ébranlés par le mouvement des droits civiques, qui marque de grandes inégalités entre citoyens Noirs et Blancs; et les Black Panthers semblent apporter les solutions nécessaires.

La métaphore de l’installation de Barontini est forte. Sur les étoffes lamées couleur or, argent et bleu, sont imprimés des figures, des symboles, des visages qui ont marqué des pans d’histoires, pas toujours reconnus comme universels, mais qui sont devenus des références. Leur présence, leur absence, ce pouvoir de fascination, nous renvoient à notre propre imaginaire.

Réveil brutal d’une syncope artistique : le fauteuil est vide dans cette histoire de Raphaël Barontini. Où est passé Huey Newton ?

Entre créolisation et Afrofuturisme 

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Raphaël Barontini, Venus I, 2015

Ces calques narratifs riches et variés se superposent pour composer une écriture esthétique à part, qui prend naissance dans une contrée lointaine, loin du tumulte contemporain, et  réinvente le présent à partir de bribes éphémères du passé.

La confrontation des symboles se fait en douceur et sans heurts. Raphaël Barontini élabore un autre langage artistique, qui entre la peinture et l’installation, impose une nouvelle donne en matière de thématique.

Ces différents espaces-temps vibrent en écho à la musique de Sun Ra et aux vanités psychédéliques d’Aldous Huxley. Berontini 6

Raphaël Barontini, Venus V, 2015

Ses « Vénus » s’inscrivent dans une temporalité fictive, dans une autre histoire qui compte et trouve son sens dans le présent. Remises sur notre Voie lactée, ces assemblages hétéroclites les plus fous, tiennent un discours graphique osé. Ces Vénus composées de bribes d’imaginaires collectifs et de références à des histoires passées, forment des peintures sculpturales frontales, non sans nous faire oublier la subtilité artistiques des Vénus d’Arman.

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Vue de l’exposition Solar Drums, Galerie Alain Gutharc

Les accumulations narratives de Raphaël Barontini glissent entres les espaces intergalactiques. Des détails rococo du 18ème siècle sont greffés aux corps des statuaires Dogon ou des sculptures antiques grecques sont revisitées par l’artiste, qui confronte et juxtapose une pluralité d’identité et de récits, en s’appuyant sur la théorie de l’Afrofuturisme.

Proches du concept de l’ « identité-rhizome » d’Edouard Glissant, les œuvres de Barontini, se jouant de leur caractère universel, proposent un idéal, : celui de mettre l’ensemble des cultures à la même échelle, pour le « meilleur des mondes » .

 

Raphaël Barontini est né en 1984, à Saint-Denis (France) ; vit et travaille à Saint-Denis.

Crédits Photo:

© Galerie Alain Gutharc
Les images des oeuvres de l’artiste Raphaël Barontini sont publiées sur le site d’african links, avec l’aimable autorisation de la Galerie Alain Gutharc.

En + :

http://www.raphaelbarontini.com

http://www.alaingutharc.com/artiste.php?id=96

http://behindthescenes.nyhistory.org/black-panthers-art-history/

http://collections.museumca.org/?q=collection-item/2009861

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