Jannis Kounellis à la Monnaie de Paris: derniers jours!

Huit chevalets hauts de plusieurs mètres de hauts sont disposés les uns à côtés des autres dans une atmosphère sévère et troublante, réchauffée par une autre œuvre en combustion à leur proximité. Sur ces chevalets en fer grandeur nature sans peintures, des plaques en acier sur lesquelles sont inscrites les dates de naissance d’artistes illustres.

Pas de visages, pas d’illustrations, juste ces dates, codes universaux de l’histoire de l’art pour aller à l’essentiel et exposer l’essence brute d’un art conceptuel sans artifice ni fioriture.

Symphonie visuelle d’un orchestre non conventionnel : dès les premiers pas dans les somptueuses salles de la Monnaie de Paris, Jannis Kounellis donne le la, s’accaparant le lieu historique.

01KOUNELLIS©Photo MANOLIS BABOUSSISok

Vue de l’exposition ©Monnaie de Paris, 2016, Photographe : Manolis Baboussis, Courtesy de l’artiste. 

Renouveau de l’Arte Povera.

Bougies, graines de tournesol, charbon… Le consommable se heurte à la froideur et la pérennité du fer, de l’acier ou encore du métal. Car, l’exposition consacrée à Jannis Kounellis à la Monnaie de Paris est à l’image de son œuvre. Subtile et évidente, éphémère et éternelle à la fois.

Aujourd’hui âgé de 80 ans, l’artiste grec installé en Italie depuis les années 1950, fait ses débuts à travers la peinture, et s’impose sur la scène de l’art en tant que figure pionnière de l’Arte Povera, mouvement dont il s’empresse très vite de repousser les limites. Comme par exemple avec Chevaux attachés          (1969) où onze chevaux vivants occupent l’espace de la galerie romaine Attico. Il s’inscrit dans une lignée contestataire parallèle à celle de l’Allemand Joseph Beuys (1921-1986) qui associe des animaux à son œuvre – Comment expliquer les tableaux à un lièvre mort (1965) et I like America and America likes Me (1974) – bouleversant les codes du marché de l’art de manière subversive.

05KOUNELLIS©Photo MANOLIS BABOUSSISok Vue de l’exposition ©Monnaie de Paris, 2016, Photographe : Manolis Baboussis, Courtesy de l’artiste. 

Théâtralité ardente.

 

« Le musée, en tant qu’espace public, comme la galerie est au fond une cavité théâtrale. On y expose un acte, unique, à chaque fois. » – Jannis Kounellis

 

Une multitude de couteaux sont enfermés dans une vitrine compartimentée. Hors de portée, ces instruments tranchants ne peuvent ni nuire ni blesser. Vont-ils servir ; ont-ils déjà servi à commettre un acte des plus atroces ? Comme celui de découper ces quarts de bœuf exposés aux Espai Poblenou (Barcelone, 1989) ? Jannis Kounellis leur offre une autre temporalité, une nouvelle narration, une autre fonction: celle d’être admiré, et d’être au bout du compte des ready-made uniques dans l’espace d’exposition. Le spectateur ne peut qu’observer cette effroyable chorégraphie immobile, défiant son propre sentiment de confusion.

06KOUNELLIS©Photo MANOLIS BABOUSSISok Vue de l’exposition ©Monnaie de Paris, 2016, Photographe : Manolis Baboussis, Courtesy de l’artiste.

La théâtralité sombre fait place à différentes lueurs d’espoir à travers la flamme d’une bougie qui vacille, le tutu blanc d’une danseuse ou encore le reflet de la lumière du jour sur une installation de verres.

Il s’agit de cette intensité qui soutient le propos artistique de Kounellis, aussi bien ressentie dans ses installations que dans ses œuvres graphiques. Les masses d’ombres masquent des soupçons de lumière, comme les aplats noirs de pastels, de crayon gras ou de goudrons obstruent l’espace de la toile blanche. Et toujours cette étincelle timorée qui réchauffe l’univers rigide et implacable de l’artiste italo-grec.

Un héritier de Jannis Kounellis ? Entre la finesse des coulées de goudron de Bernar Venet et les allégories somatiques de la vie et de la mort de Damien Hirst peut-il n’y avoir qu’un pas ? Et j’erre entre ces chevalets monstrueux, métaphores poétiques d’un art contemporain au langage vif, précis et  audacieux ; entre les murs blancs et un parterre sans couleur jonché de graines de tournesol… J’avance et re-découvre loin des leçons universitaires, l’œuvre d’un virtuose d’une peinture sans cadre, d’une peinture réelle, sans nom.

 

En +:

A ne pas manquer : la performance « Five Senses For One Death » de l’artiste Etel Adnan (accompagnée de Gavin Bryars) , le jeudi 28 avril 2016 à 19 :00, à la Monnaie de Paris.

Plus d’infos ici

Image 1 (oeuvres) :

Jannis Kounellis, Sans titre, 2016 (Huit chevalets en fer sur lesquels sont posées des plaques en acier avec imprimées les dates de naissance d’artistes)

Jannis Kounellis,Sans titre (Carboniera), 1967 (Charbonnière en métal avec charbon)

Jannis Kounellis, Sans titre, 1969, (Un lit de camp avec dalles en fer et combustibles; Un lit de camp avec une cage abritant six rats)

Jannis Kounellis, Sans titre, 2016 (Base de clous)

Image 2 (oeuvres) :

Jannis Kounellis, Sans titre (Libertà o Morte, W. Marat W. Robespierre), 1969

Jannis Kounellis,Plaque de fer avec texte écrit à la craie blanche et une bougie, Courtesy Viehof Collection, Mönchengladbach.

Jannis Kounellis, Sans titre, 1969 (Sacs de jute et graines de tournesol).

Jannis Kounellis, Sans titre, 1969 (Etagère de fer avec charbon).

Image 3:

Jannis Kounellis, Sans titre, 2015 (Porte-manteau avec chapeau et manteau sur bases de fer)

 

 

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