Focus #17 : Les coulisses de la société américaine des années 1980 par Nan Goldin

Les œuvres de la photographe américaine Nan Goldin et de la vidéaste franco-marocaine Bouchra Khalili sont mises à l’honneur au MoMA. african links revient sur les expositions  The Ballad of Sexual Depency  et The Mapping Journey Project.

The Ballad of Sexual Dependency (1979-2004)

Nan Goldin (American, born 1953). Buzz and Nan at the Afterhours, New York City. 1980. The Museum of Modern Art, New York. Purchase. © 2016 Nan Goldin

Elles sont frontales et laissent sans souffle.

Les photos de Nan Goldin décrivent cette réalité crue avec une douceur plastique inhabituelle qui met le spectateur en confiance. La nudité, la souffrance, le sordide ne dérangent pas ou plus, tant cette intimité exceptionnelle entre les sujets eux-mêmes puis avec la photographe, est fascinante. C’est comme s’il n’y avait plus de limites spatio-temporelles entre la photographie prise et l’instant présent. Sans fracas ni le moindre éclat, les émotions les plus vives sortent de ce cadre extensible. Le tumulte visuel des compositions photographiques passées reste sourd, faisant face au présent.

Nan Goldin (American, born 1953). C.Z. and Max on the Beach, Truro, Massachusetts. 1976. The Museum of Modern Art, New York. Acquired through the generosity of Jon L. Stryker. © 2016 Nan Goldin

Née le 12 décembre 1953 à Washington, Nan(cy) Goldin commence la photographie dès l’âge de 16 ans. Issue d’une famille bourgeoise, elle s’émancipe peu à peu de la cellule familiale, suite au suicide de sa sœur dont elle était très proche.

Diplômée de la School of the Museum of Fine Arts de Boston, elle s’installe à la fin des années 1970 à New York, et commence The Ballad of Sexual Depency en 1978. Telle une ethnographe du quotidien, Goldin capture chaque instant de vie de « sa nouvelle famille », composée de ses amis. The Ballad of Sexual Depency décrit la vie, la mort, les rapports humains dans toute leur splendeur, l’amour, le sexe… Il aura fallu près d’une vingtaine d’années à la photographe pour clôturer ce poème visuel des plus troublants. Car à mi-chemin entre un journal intime grand ouvert aux plus curieux, et un recueil de l’underground new-yorkais des années 1980, The Ballad of Sexual Depency rend compte directement avec sincérité, de la vie de tous les jours de l’artiste et de celle de ses proches, imbriquées dans les tragédies de l’épidémie du sida, de la drogue ou de la violence conjugale.

Nan Goldin ne documente pas que ces côtés sombres de la réalité. Elle replace ses ami-e-s queers, gays ou lesbiennes, au sein de la société, en tant qu’acteurs à part entière, et non plus marginalisé-es, à travers ces scènes de joie, ces moments simples de pique-niques sur la plage, ces scènes d’amour intenses, ou encore ces portraits poignants. The Ballad of Sexual Depency est une ode plastique à l’amour, la retranscription des coulisses de la société américaine des années 1980. Un amour imparfait : celui qui vous laisse des séquelles toute le reste de votre vie, cet amour qui change votre vie uniquement pour le pire, entre idéal, symbiose et autonomie.

En 1987, le prix du prix de photographie aux Rencontres internationales de la photographie d’Arles était décerné à The Ballad of Sexual Depency ; en 2001, le Centre Pompidou consacrait en Europe, une exposition personnelle majeure à Nan Goldin.

Nan Goldin (American, born 1953). The Parents’ Wedding Photo, Swampscott, Massachusetts. 1985. The Museum of Modern Art, New York. Acquired through the generosity of Richard O. Rieger. © 2016 Nan Goldin

Jusqu’au 12 février 2017, le MoMA présente The Ballad of Sexual Depency dans l’une des ses galeries du deuxième étage. L’œuvre est exposée sous sa forme originale d’un panorama de 35 minutes, de tirages photo appartenant aux collections du Musée d’Art Moderne, et d’une sélection de documents des archives de l’artiste.

Chaque photographie de The Ballad of Sexual Depency constitue une pièce importante du puzzle. Et je reste toujours sans voix devant la projection du diaporama de près 700 photos; face à chaque fragment de ce témoignage socio-artistique de Nan Goldin et en feuilletant le livre. Il m’est difficile de rester insensible à son travail, tant chaque image imprègne mon subconscient pour y rester un certain temps. Et je fais, défais et refais des histoires qui au bout du compte ne sont pas les miennes, mais, que je me suis appropriées.

Omniprésence des flashs, saturation prononcée des couleurs, sincérité plastique… C’est comme si cette œuvre restera à jamais unique dans son genre et dans ses interprétations plastiques (livre, projection, impression), face à la vitesse des photos prises à l’aide de smart phones et propulsées dans l’océan des réseaux sociaux d’aujourd’hui…

En + :

Nan Goldin: The Ballad of Sexual Dependency . Du 11 Juin 2016 au 12 Février  2017, Galeries Contemporaines, 2ème étage.

Nan Goldin au MoMA 

Nan Goldin au Centre Pompidou (2001)

Nan Goldin, Editions Phaïdon, collections « 55 », 2001, Paris.

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Un commentaire

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