« L’autre continent. Artiste, Femmes, Africaines. » (part.3): Quand Fatou Kande Senghor présente Seni Awa Camara

L’exposition L’autre continent. Artiste, Femmes, Africaines. qui a fermé ses portes le 31 décembre dernier, présentait en résonance le film Donner naissance (2015) de Fatou Kandé Senghor et les sculptures de Seni Awa Camara, pour une parfaite mise en abîme.

seni19   Fatou Kandé Senghor, Donner naissance, 2015, vidéo, 30 minutes Courtesy de l’artiste.

Fatou Kandé Senghor signe le portrait de la céramiste Seni Awa Camara, dans son village, en Casamance. Ce sont deux générations qui se rencontrent : la vidéaste écoute son aîné et partage son message à l’échelle internationale. En effet Camara se livre sur son histoire personnelle et explique comment elle en est arrivée à produire des sculptures hybrides mi-humaines, mi-monstres, toutes droit sorties d’un autre monde.
Totalement autodidacte, elle revient sur sa démarche mystico-artistique de production, et met l’accent sur la dimension surnaturel de son pouvoir de création.

Donner la vie, 2015.
Des cris d’enfants se mêlant aux chants du coq résonnent au loin, et déconcentrent à peine Seni Awa Camara. Un soleil ardent, des mottes d’argile, des jeunes homme qui s’activent et au milieu de toute cette agitation quotidienne, l’artiste qui reste calme et sereine avant de se livrer à l’acte de la création.

Le portrait filmé de Seni Awa Camara qui dure une trentaine de minutes lève le voile sur l’intimité de sa vie de femme et de sa vie d’artiste; elle y livre son expérience de l’art et de l’artisanat.
Ses arrière-grand-mère, grand-mère et mère étaient potières et produisaient des ustensiles dédiés à l’usage quotidien. Seni Awa Camara déjoue les secrets de ses aînées afin de créer ses propres sculptures en terre cuite et de raconter ses propres histoires, de manière totalement indépendante. Ses figures anthropomorphes sculptées semblent  si contemporaines et émerger d’une contrée lointaine et si contemporaines à la fois.

couronnedesinges56cm_bdSeni Awa Camara, Couronne de singes, 2006, terre cuite,
 Collection Erwann Le Diberder
Courtesy de la Galerie Claire Corcia

 

Entre art ancien, artisanat et art contemporain.

Présenté à la Biennale de Venise en 2015, le film Donner naissance marque là une narration artistique inédite qui s’inscrit avec justesse dans son époque. « Mon film est venu à moi et se retrouve à la Biennale non pas sur ma propre initiative. C’est comme si ma création m’avait traversée pour parler d’un passé qui est beaucoup plus lointain que nous sommes capables de documenter. Ces figurines n’existent pas dans l’histoire de la céramique au Sénégal et elles émanent des mains créatrices de cette dame âgée de 75 ans aujourd’hui. Elles m’ont pour ainsi dire choisie pour arriver jusqu’ici. » (1)

Ce dialogue authentique entre passé, présent et futur s’opère de façon évidente. Fatou Kande Senghor met la lumière sur Seni Awa Camara, qui exerce ses talents de céramistes dans un village de Casamance.
Ainsi, elle partage un savoir-faire vieux de plusieurs générations d’une part et délivre des secrets sur le pouvoir intrinsèque de ses créations.

En + :

(1) Propos recueillis par Virginie Ehonian pour IAM (2015) lire l’interview ici

Rencontre avec l’artiste Fatou Kandé Senghor

http://www.museum-lehavre.fr/fr/expositions/l-autre-continent

L’interview de Camille Morineau la commissaire de l’exposition, par Claire Nini à lire ici 

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