En attendant Art Paris Art Fair 2017: 3 questions à Marie-Ann Yemsi

Du 30 mars au 2 avril prochain, l’Afrique sera à l’honneur sous la nef du Grand-Palais. En effet, Art Paris Art Fair mettra en lumière la création artistique moderne et contemporaine du continent.
En attendant cette prochaine édition, african links – partenaire médias de l’édition – a posé 3 questions à Marie-Ann Yemsi,  consultante culturelle et commissaire d’exposition indépendante qui assure le commissariat de l’invitation africaine, en 2017 aux côtés de Guillaume Piens, commissaire générale d’Art Paris Art Fair.

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Marie-Ann Yemsi ©Valérie Dray

african links: Marie- Ann Yemsi, consultante en art contemporain et commissaire d’exposition indépendante, vous présentiez l’exposition Odyssées africaines au Brass de Bruxelles, en 2015. Selon vous en quoi le prisme de l’histoire représente-t-il une réponse en faveur de la promotion des artistes issus du continent africain ?

Marie-Ann Yemsi: Tout d’abord, je ne pense pas que le prisme de l’histoire constitue une réponse en faveur de la promotion des artistes du continent africain.
Dans Odyssées Africaines plus précisément, qui prend comme point de départ métaphorique la Croisière Noire, une expédition coloniale, mon propos n’était pas de revenir sur la « grande » histoire. Il s’agissait plutôt de voir comment les artistes depuis leurs positions, interrogeaient cette histoire. Il s’agit là de deux choses bien distinctes : quelles sont les résurgences de l’histoire aujourd’hui dans la fabrique du contemporain? L’histoire est présente mais c’est surtout le contemporain qui prime avant tout. Chaque artiste crée à partir de sa propre histoire et est inspiré par le monde ; par ailleurs, je ne vois pas forcément de narration autobiographique dans chaque œuvre.

 Namsa Leuba, série « Zulu Kids », Courtesy of the artist

Prenons l’exemple de l’Afrique du Sud que je connais bien, où actuellement les universités sont partiellement fermées et les étudiants, victimes de violences policières, sont en lutte pour dénoncer un système inégalitaire. Ces faits sont récents et il s’agit d’une histoire post-apartheid. Pourquoi les différents gouvernements ne sont pas parvenus à régler les problèmes de la société sud-africaine depuis 1994 ? A présent, il y a toute une génération qui se révolte contre l’inertie et l’aveuglement de leurs parents qui on été incapables d’agir face à la politique menée par l’ANC, parce qu’ils ont été pris dans l’étau de l’histoire. Mais nous parlons bien d’aujourd’hui, c’est maintenant que cela se passe.

Enfin pour reprendre un peu la question, je dirais que ce qui m’intéresse, c’est de donner de la visibilité à d’autres artistes qui sont majoritairement issus des diasporas et du continent africains.

A vrai dire, je ne trouve pas nécessaire d’insister sur l’origine de ces artistes. Si je les présente, c’est que d’une certaine manière je considère qu’ils apportent quelque chose et contribuent à écrire l’histoire de l’art internationale. De plus, je me défends d’affirmer que je fais leur promotion car ces artistes ne sont pas en demande et se débrouillent très bien avec leurs propres moyens. Tout simplement, il s’agit de rencontres, d’échanges et d’envies mutuelles de collaboration ; je me considère plus comme une « passeuse ».

 Gareth Nyandoro, Kuguruguda Stambo (Hypnotic Lollipop Eaters), 2015. © Sylvain Deleu

african links: Les classements du marché international de l’art contemporain comptent davantage d’artistes issus des diasporas et du continent africains. Qu’est-ce qui a manqué depuis une dizaine d’années pour en arriver là?

Marie-Ann Yemsi: Avant tout, il est nécessaire de comprendre comment sont réalisés ces classements. Dans les derniers que j’ai pu voir concernant le marché de l’art international, on compte peu d’artistes du continent africain, qui restent malgré tout à un niveau inférieur par rapport à leurs homologues européens ou américains. Puis si on pousse un peu l’analyse, on peut s’apercevoir que ce sont toujours les mêmes et que ces classements n’intègrent pas d’artistes qui ont entre 30 et 40 ans bien, qu’ils soient déjà présents dans de grandes collections d’art…

Par ailleurs quand on me parle d’inflation des prix, je réponds qu’il s’agit plutôt d’un début de « mise à niveau ».
Je me demande encore pourquoi en France nous sommes si en retard par rapport au regard porté sur ces artistes issus du continent africain ? Je pense qu’il y aurait différentes réponses à cela et divers paramètres à prendre en compte que je ne vais pas développer ici…

D’autres pays européens comme la Belgique, l’Allemagne ou encore la Grande Bretagne ont plus tôt compris ces enjeux concernant leurs histoires coloniales et ont pu ainsi appréhender et s’intéresser à ces artistes contemporains.
Cependant, je me réjouis de constater un réel intérêt positif pour ces artistes aujourd’hui en France: il était temps !

 Billie Zangewa, The Dreamer, 2016.

african links: En tant que commissaire invitée d’Art Paris Art Fair 2017, quelle est votre ambition principale pour cette prochaine édition qui mettra le continent africain à l’honneur ?

Marie-Ann Yemsi: J’ai deux ambitions. La première qui m’anime dans mes différentes activités reste en adéquation avec cette idée d’être une « passeuse » et de permettre à ces artistes et aux galeries qui assurent leur promotion d’être visibles à Paris, au cœur de la capitale et dans un lieu prestigieux qu’est le Grand Palais.

Il s’agit de les intégrer et de leur accorder leurs places sur ce marché de l’art. Par exemple, les galeries choisissent leur secteur et ne seront pas regroupées sur une plateforme thématique, parce qu’il me semble primordial de les considérer comme parties intégrantes du monde de l’art au même titre que les autres galeries internationales, car elles font tout simplement le même travail. Cela a une valeur symbolique de mettre en évidence ce qui les réunit plutôt que d’accentuer ce qui les éloigne et il n’est pas souhaitable de recréer en quelque sorte des frontières ; l’actualité est déjà très crispée par rapport à ces notions…

La seconde ambition qui est vraiment centrale dans ma démarche, c’est d’offrir à travers ce focus « africain » d’autres perspectives. C’est également le souhait de Guillaume Piens et de toute l’équipe d’Art Paris Art Fair.
En mettant l’Afrique à l’honneur, on est face à un vaste continent composé de 54 pays. On ne peut pas être exhaustifs et montrer des artistes de tous ces pays… Ce qui me semble le plus intéressant et passionnant c’est que de Londres à Paris, en passant par Abidjan et Cape Town ou Nairobi, de nombreux producteurs culturels et galeries d’art agissent de manière à changer le regard que l’on porte sur les artistes contemporains africains. Il m’a donc semblé primordial dans ce focus de mettre en lumière cette effervescence qui témoigne de la diversité et de la fertilité de la création artistique contemporaine issue du continent africain.

Propos recueillis par Virginie Ehonian

En +:

http://www.artparis.com/fr

Lire l’interview croisée de Marie-Ann Yemsi et Guillaume Piens Claire Nini ici

 

 

 

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3 Commentaires

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