Le témoin d’une H(h)istoire: L’Afrique du Sud vue par David Goldblatt

Il ne se définit pas comme un artiste, or sa mission est tout aussi louable et grande. D’initiatives en reportages, David Goldblatt redécouvre son pays à travers la photographie. Les détails ont le même poids que les regards qui s’intensifient, les scènes se dessinent et prennent forme dans l’exaltation d’une liesse grisée par une profonde détresse.
A la question : « quelle est votre relation avec les autres photographes sud-africains, des figures montantes comme Zanele Muholi, ou encore Pieter Hugo? » Il répond avec humilité qu’il pense qu’il s’agit d’une bonne relation, et que ces artistes font un travail fantastique; et que par ailleurs il partage et enseigne son savoir à travers le Market Photography Workshop qu’il fonde à la fin des années 1980. *Quelle est la place de ce photographe hors norme dont l’oeuvre couvre aussi bien les pages glacées d’un magazine que le mur d’une galerie d’art? Car sous l’objectif de David Goldblatt, c’est le négatif d’une partie de l’histoire nationale sud-africaine, qui se déroule haut en couleur et forte en émotion.

Les récits personnels s’imbriquent dans l’histoire du pays, pour résonner hors des frontières et dans le temps. C’est frustrant, on ne veut rien perdre de l’oeuvre de Goldblatt qui se décortique, pas à pas, au rythme des pages d’un livre sans fin. Des années 1940 aux années 2010, le photographe documente et signe des reportages à Johannesburg et dans ses banlieues Soweto, ou encore . Avec un doux contraste mêlant une amère poésie à une réalité déroutante. Le ton neutre ne laisse qu’une faible place à une esthétique qui se prononce pas: le sujet occupe l’espace corps et âme. Du noir et blanc, émerge la couleur qui marque les souvenirs propres de Goldblatt dans son vocabulaire: « J’ai commencé la couleur pour moi. »Les photographies se succèdent les unes aux autres pour nous conter un récit sud-africain moderne en proie à son propre imaginaire. Lieux de mémoire, monuments, architecture, des scènes de la vie: rien ne passe inaperçu aux yeux de Goldblatt qui parvient à capter la sensibilité de la scène la plus anodine.  Trois instants ont retenu mon souffle, trois instants de vie qui ont flirté avec la mort et épousé la violence, trois instants immortalisés par David Goldblatt.David Goldblatt
A plot-holder, his wife and their eldest son at lunch, Wheatlands, near Randfontein, Gauteng, September 1962
Digital print on gelatin silver paper, 33 x 48,5 cm
Courtesy David Goldblatt and Goodman Gallery Johannesburg and Cape Town © David Goldblatt

Le quotidien d’une famille sud-africaine dépeint dans une grande simplicité. Vraisemblablement il y un problème posé par le jeune garçon: sa mine renfrogné suscite les regards inquisiteurs de ses parents. Scène banale qui témoigne du droit privilégié des blancs durant l’apartheid, tandis que le droit à la propriété des noirs étaient très limité.
Quatre cuillères et quatre tasses sont préparées… La quatrième probablement pour David Goldblatt ou un membre absent de la famille.

David Goldblatt
Mother and child in their home after the destruction of its shelter by Officials of the Western Cape Development Board, Crossroads. Cape Town, 11 October 1984
Gelatin silver print, 30 x 40 cm
Courtesy David Goldblatt and Goodman Gallery Johannesburg and Cape Town © David Goldblatt

Une situation délicate photographiée avec poésie et délicatesse. Peut-être que le photographe a-t-il attendu que l’enfant s’endorme pour déclencher son appareil? Dans une pénurie extrême l’amour d’une mère répond à la stupidité d’un système.

David Goldblatt
Fifteen-year old Lawrence Matjee after his assault and detention by the Security Police, Khotso House, de Villiers Street, Soweto, Johannesburg. 1985 Gelatin silver print, 38 x 37,5 cm
Courtesy David Goldblatt and Goodman Gallery Johannesburg and
Cape Town © David Goldblatt

Ce jeune homme a subit des violences policières qui auraient pu lui coûter l’usage de ses bras et une souffrance durant son emprisonnement. Ce n’est qu’une fois rentré chez au bout de quelques semaines, lui qu’il a pu bénéficié de soins. La violence passée se lit dans ses yeux: les plâtres constituent une preuve. Encore adolescent, aura t-il assez d’espoir pour croire en l’avenir de l’Afrique du Sud?

En + : 
* Propos recueillis par Virginie Ehonian durant le vernissage presse de l’exposition
David Golblatt au Centre Pompidou
Du 21 février au 13 mai 2018
Plus d’infos ici
http://www.youtube.com/watch?v=_dNpInTeBI8
http://www.henricartierbresson.org/laureats/david-golbdlatt/

 

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