Jeux d’enfants, questions de grands : découvrez les « Black Dolls » de Deborah Neff.

« Les poupées de l’Atlantique noir »

Nora Philippe, la commissaire de l’exposition, se plaît à les définir ainsi. Suivant la logique de Paul Gilroy selon laquelle une culture complexe  a pris forme des conséquences de l’esclavage, tout en se dédouanant des identités africaine, américaine, caribéenne ou encore européenne, dans un contexte post-colonialiste.
Ces femmes ont reconstruit un imaginaire entre réalité et utopie, à partir de figures noires tantôt masculines, tantôt féminines et enfantines. Il s’agit d’un voyage inédit dans le temps autour d’un objet de fortune, qui reflète la dimension sociologique des années 1840 et 1900 aux Etats-Unis. Ces poupées muettes nous content chaleureusement un conte qui émerge de l’Histoire.

La collection particulière de l’américaine Deborah Neff est composée de près 200 poupées, toutes réalisées à la main, par des femmes Afro-Américaines entre le 19ème et le début du 20ème siècle. La collectionneuse compte également des photographies d’époque qui témoignent de la dimension historique des poupées.

La charge émotionnelle de l’exposition « Black Dolls » est triple. Lieu d’art qui a toute son importance sur la scène parisienne, la Maison Rouge accueille ses derniers événements avant une fermeture annoncée pour 2018; la rencontre entre la commissaire Nora Philippe et Deborah Neff est marquée par une réelle volonté de faire vivre cette collection particulière ainsi qu’une amitié. Enfin, ce sont la mémoire et la créativité de ces femmes noires américaines qui sont honorées et mises à l’honneur, à travers différents visages de femmes de différentes générations.

Photographie anonyme, daguerreotype, Etats-Unis, vers 1855-65.
Ph: Ellen McDermott, New-York City.

 

D’une histoire à l’Histoire


De la fascination à l’engagement

Près de 25 ans ont passé depuis l’acquisition de sa première poupée à aujourd’hui.
« Tout a commencé avec une poupée. J’ai été fascinée par le savoir-faire manuel avec lequel elle avait été réalisée: je ne pouvais la quitter du regard tant elle était magnifique bien que toute délabrée. C’est le genre d’objet que les gens mettent facilement à la poubelle.  On aurait dit une sculpture, voire une oeuvre d’art.
M’apercevant que l’intérêt général grandissait, j’ai engagé une experte en textile, afin qu’elle m’apporte son expertise pour dater les poupées. Nous avons pu dégager les principales similitudes.

La dimension pédagogie reste aussi très importante . En 2015, j’ai eu une exposition au Mingei International Museum de San Diego, en Californie, à l’occasion de laquelle un catalogue a été publié. L’ organisation à but non lucratif en charge de sa publication s’est assurée que l’ouvrage soit disponible dans les bibliothèques d’écoles à travers les Etats-Unis. Et cerise sur le gâteau, dans les musées également. Nora Philippe, s’est vue offrir le livre; c’est ainsi qu’elle a découvert ma collection et qu’elle m’a ensuite contactée afin d’étudier différentes possibilités.
Les montrer au public est important pour une multitude de raisons; cependant, j’ai toujours cet espoir secret qu’une personne vienne me voir en me disant : » Oh! Ma grand-mère faisait des poupées comme cela ». « 

Du jouet au fragment d’histoire

Les photographies qui ponctuent et documentent la collection de poupées noires, témoignent de la valeur émotionnelle que ces petites filles leur accordent. Serrées dans les bras de leurs propriétaires, elles concourent à gommer tout stéréotype. Un jouet reste un jouet.

« Je collectionne également les photographies d’époque, tout en essayant de rester concentrée sur mon axe principal de recherches à savoir les poupées. Portant un intérêt à toutes les poupées, les poupées noires sont devenues au fur et à mesure mon principal centre d’intérêt. Je leur trouvais davantage de consistance et une esthétique art hors pair. C’est à ce moment précis que je me suis intéressée plus à la dimension historique avec les photographies qui m’ont littéralement époustouflée.
Aujourd’hui, mon aventure se poursuit car j’essaie encore de comprendre et de déterminer les faits historiques autour de ces poupées. »

A la question pensez-vous que votre collection peut changer et faire bouger les choses, Déborah Neff répond : « Oui et non. Non, parce qu’elles ne sont vues aujourd’hui comme de simples poupées… Et lorsque le sujet des questions raciales est abordé, il y a d’autres sujets qui prennent le dessus. Cependant, la manière dont les gens les perçoivent et se perçoivent eux-mêmes est fondamentale.Aujourd’hui, l’impact de la collection est entièrement positif et je veux continuer de montre les montrer. Il s’agit d’une petite histoire à propos des questions raciales aux Etats-Unis, et de l’ histoire des femmes qui les ont confectionnées.’ 

Du savoir-faire à l’émotionnel

Fabriquées à partir de matériaux divers, ces poupées s’éloignent des codes du jouet.
« Elles sont si puissantes et expressives, qu’il n’y en a pas une qui se ressemble. En me penchant davantage sur leur aspect historique et je me suis rendue compte qu’elles ne faisaient l’objet que de très peu de recherches.
Le savoir-faire se perd avec le temps Bien que les poupées soient anonymes, je peux au moins déterminer une poupée de par son style et son esthétique, et cela est très important.
Elles me procurent une grande émotion, et me touchent au plus profond de mon coeur. Ces poupées sont bien plus que de simples jouets et je ne peux m’arrêter à les collectionner: j’espère avoir 25 nouvelles années devant moi pour en découvrir encore et encore.
Quelqu’un m’a un jour demandé si je ne risquais pas de me lasser de collectionner les mêmes poupées. Impossible lui répondis-je : c’est comme si je me retournais et qu’un nouveau chemin s’offrait toujours à moi. Comment me lasser? »

En +:

http://lamaisonrouge.org/fr/expositions-venir-detail/activites/black-dolls-brla-collection-deborah-neff/

L’événement Black Dolls au Centre Pompidou, Plus d’infos ici

http://www.naacpldf.org/brown-at-60-the-doll-test

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