Qui êtes-vous Popy Loly de Monteysson?

Des visages, des profils, des expressions… Mes yeux naviguent sur ces différentes vagues d’émotion tracées au stylo à bille bleu. Un jeu s’impose: celui de reconnaître les personnes représentées. Comme des souvenirs gravés dans le tourment d’une mémoire, ces portraits s’affichent et défient le public, armés d’un simple regard. Sans un mot, ni un geste.
Pour sa première participation au salon Ddessin en 2017, Popy Loly de Monteysson investit un mur entier de l’espace Richelieu.De quoi se demander qui se cache derrière ces dessins: african links a voulu en savoir plus!

Popy Loly de Monteysson, portrait de Jeanne Duval, 2018.

african links : Popy-Loly de Monteysson, pouvez-vous revenir sur votre parcours d’artiste: qu’est-ce qui vous a menée à l’art?

Popy Loly de Monteysson : Il y a dans ma famille comme un fort ADN artistique : mes grands-parents maternels étaient peintres – ils se sont rencontrés aux Beaux-arts de Toulon – et ma mère, était une artiste pluridisciplinaire entre peinture, illustration, musique et théâtre. Pratiquer les arts de manière professionnelle s’est transmis de générations en générations. Mon grand-père, qui était d’ailleurs artiste peintre et inventeur (il a créé les premiers jouets mécaniques en bois qui flottaient dans l’eau), a encore des tableaux exposés au Musée de Toulon.

Petite, ma mère m’autorisait à dessiner sur les murs de ma chambre : c’était une forme de liberté assez exceptionnelle et moderne pour l’époque. Les années qui suivirent ont laissé plus de place à la photographie; j’avais l’habitude de prendre l’appareil photo de mes parents puis de capturer tout ce qui m’entourait.

J’ai baigné dans un environnement très créatif, croiser les disciplines s’avère primordial : j’ai besoin de me sentir libre dans le choix du médium, du support ainsi que la manière de traiter mon sujet. De plus, engager mon corps ne me gêne pas; j’ai auparavant fait de nombreuses performances dans les années 1980-90. Ce travail, comme celui de la sculpture ou de mes installations, je ne le mets pas en avant aujourd’hui pour garder une certaine cohérence avec mon univers du dessin.

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african links : Le stylo à bille est un objet de notre quotidien à part entière et l’outil que vous privilégiez aujourd’hui dans votre démarche artistique. Face à la pérennité de l’oeuvre d’art, en quoi ce medium « jetable » et sa vitesse d’exécution propre, vous a t-il séduite?

Popy Loly de Monteysson : Il s’agit d’un outil très intéressant, il réécrit une histoire dans un dessin. Je me souviens qu’à l’école, l’arrivée du stylo bille a créé un conflit avec ceux qui utilisaient encore la plume, j’utilise aujourd’hui ce paradoxe dans mon travail, le stylo bille entre en conversation avec l’encre qui symbolise un lâcher prise, pour traduire l’inconscient.
La peinture en tant qu’activité artistique principale dans ma famille est vite devenue un poids énorme en tant que médium. Il me fallait trouver ma propre écriture, mon propre vocabulaire; ce qui a pris un certain temps et beaucoup de voyages pour croiser divers univers artistiques.

Avec mes parents, nous ne restions pas plus de trois ans au même endroit que ce soit en France ou à l’étranger. Ainsi, ma définition de la vie se résumait à désir incessant de bouger et voyager ! Toujours être prête et faire ses valises en cinq minutes, avec des bagages faciles à transporter.

A mon retour en France, après de longs séjours à l’étranger (Etats-Unis, Asie, Afrique) J’ai eu l’idée d’investir des espaces de bureaux : lorsqu’ils étaient vides, en accord avec les propriétaires, je prenais place pour quelques mois, je suis nomade encore dans mes lieux de créations et cela influences mon travail. A cette époque, cela faisait une quinzaine d’années que la sculpture prédominait dans ma démarche. Puis tout d’un coup, dans mon quotidien et ma vie d’artiste, j’ai dû faire preuve de plus de souplesse géographique. Ce qui me permettrait d’assouvir mon besoin essentiel de créer sans la contrainte d’un lieu physique, la réponse : une feuille et un stylo bille est apparu comme une évidence!

Où que je sois, j’ai toujours sur moi un carnet et un stylo, j’écris, je dessine et je prends des photos, des milliers de photos.
L’oeuvre d’art de quelque nature que se soit comporte du sacrée; quelque chose de précieux. Un stylo bille n’est pas vu comme un matériau noble cela appelle le questionnement sur la longévité l’oeuvre. De nombreuses démarches artistiques qui intégraient du textile, de la broderie, des dessins brodés étaient catalogués comme « travaux manuels » et non œuvre d’art pendant très longtemps sont aujourd’hui décomplexées et intégrées dans l’univers artistique.

Cependant, je ne souhaite pas « m’enfermer » dans un carcan esthétique, d’où mes dérapages à l’encre de Chine et certainement d’autres mélanges, ou associations dans le futur. Sur de prochaines propositions, j’aspire à explorer davantage de couleurs intermédiaires à travers le stylo bille, commettant ainsi une infidélité au bleue. L’idée est de laisser un autre espace à l’esthétisme du reflet, qui symbolise à mes yeux le souvenir.

A découvrir « Carnet de voyage d’enfance » la nouvelle proposition de Popy-Loly de Monteysson au Salon DDESSIN 18 Paris, du 22 au 25 mars, à l’atelier Richelieu, 60, rue de Richelieu Paris 75002, métro Bourse

african links : « Portraits d’identité » se révèle aux yeux du public telle une mosaïque vibrante d’humanité. Comment opérez-vous le choix de vos modèles?

Popy Loly de Montesson : Cette série à été présentée pour la première fois au salon Ddessin, Cabinet de dessins contemporains, en mars 2017.

Lors d’événements tragiques ou de disparition de personnes, les photos de visages sont affichées un peu partout avec des mentions; ou encore les murs des entreprises affichent des organigrammes ou l’employé du mois… L’enjeu de la série « Portraits d’identité » est d’interpeller et de transmettre un appel de la part de ces visages dessinés. De nombreuses personnes y retrouvent quelque chose de personnel. Notre inconscient nous toujours conduit à l’endroit même où nous nous sommes reliés à cette image. C’est incroyable comme une image neutre et un visage inconnu appellent à un dialogue; cette série a rempli son rôle à savoir, celui de permettre la conversation, en cohérence avec l’histoire personnelle de chacun.

Je collectionne les albums photos depuis très longtemps. Sur les brocantes et les marchés, cela me chagrine de les voir laissés à l’abandon; je me dis que je sauve la mémoire d’une famille à chaque acquisition. Vous rendez-vous compte de la charge émotionnelle de ces objets ? Naissances, anniversaires, mariages… Et tout d’un coup, cette vie entière pour différentes raisons se retrouve au marché aux puces. Dans la même logique, je pense laisser participer au souvenir des familles dont je réalise les portraits sur demande, au risque qu’elles aussi ne soient un jour vendues sur un marché.

Le choix des modèles s’opère selon deux axes pour cette série: je restitue une identité aux « inconnus » qui sont disparus: ils sont représentés de face. Les personnes connues, qui sont des proches sont représentées uniquement de profil, en écho aux postures et statures valorisantes du 19ème. Dans une photo de face, le sujet lutte pour donner le meilleur de lui-même tandis que de profil, il ne maîtrise plus rien car il ne voit pas l’appareil ni le photographe.

En + :

http://popylolydemonteysson.com/

A découvrir « Carnet de voyage d’enfance » la nouvelle proposition de Popy-Loly de Monteysson au Salon DDESSIN 18 Paris, du 22 au 25 mars, à l’atelier Richelieu, 60, rue de Richelieu Paris 75002, métro Bourse.

http://www.ddessinparis.fr/2018/ 

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