Affiche de la série Self Made sur Netflix

#BlackNetflix: 3 raisons pourquoi j’ai pas (trop) aimé la série « Self Made ».

Affiche de la série Self Made sur Netflix

Je n’ai pas trop aimé la mini-série de Netflix « Self-Made »et je vous donne mes 3 raisons. D’abord les raisons pour lesquelles j’ai pris le pris temps de regarder cette série sur Netflix .

Fin du 19ème siècle, dans une Amérique marquée par l’Abolition de l’esclavage sur fond de racisme, Madam C.J. Walker (1867-1919) née Sarah Breedlove, s’érige au rang des plus grandes richesses nationales. Comment une femme noire, née de parents esclaves dans une petite bourgade reculée en Louisiane a t-elle pu accomplir cet exploit jusqu’ici réservé aux hommes blancs?

Dès les premières minutes, je comprends pourquoi! Elle a tout compris: pour vendre son produit, elle utilise son histoire, son « story-telling« , qui est tellement puissant tant elle s’adresse à des femmes noires qui lui ressemblent, ont vécu et vivent les mêmes situations qu’elle, en tant qu’employées de maisons ou dans les plantations.
Madam C.J. Walker plante le décor: il s’agit d’une femme qui a souffert, qui refuse sa condition précaire de blanchisseuse, brisée par un mariage raté. Elle aspire à mieux, redorant son blason de fierté, de résilience et de détermination.

De Minny Jackson à Madam C.J.Walker il y a un écart de près de six décennies.

Octavia Spencer incarne cette femme d’affaires devenue millionnaire à une époque où la population noire aux Etats-unis était privée de ses droits les plus fondamentaux.
Spencer est une actrice et productrice dont la filmographie est impressionnante. En 2011, notamment, elle interprétait le rôle de Minny Jackson, domestique de maison dans le Mississipi raciste des années 1960, dans The HelpLa couleur des sentiments .

L’initiative de Netflix de produire une « série biopic  » de cette envergure apporte une bouffée d’air! Ce modèle noir de réussite exposé au grand public – Bon, celles et ceux qui ont payé un abonnement ou qui squattent un compte lol – change la narrative sur l’entrepreneuriat. La mini-série nous permet de mieux comprendre les enjeux économiques, culturels et historiques du Black Business aux Etats-Unis. Le rôle qu’a joué l’entrepreneuriat féminin dans la communauté afro-américaine; enfin, de prendre en compte une réalité concernant le système de financement des activités naissantes. Les péripéties de Madam C.J. Walker nous font vivre l’âpre réalité d’être une femme noire à la tête d’une entreprise qui démarre,  à la fin du 19ème siècle, en Amérique.

Cependant il y a 3 choses qui m’ont dérangée dans l’interprétation de l’histoire de ce modèle noir de réussite.

1. Son personnage est parfois…toxique…

Dès l’arrivée du personnage de John Robinson – interprété par J.Alphonse Nicholson – , le mari de sa fille Lelia, elle change de visage, ravivant le stéréotype de la « Angry Black Woman » .
C’est comme si elle s’acharnait sur le jeune homme à la moindre maladresse – bon, il manquera quand même de mettre plus d’une vingtaine de personnes en danger de mort ….
Ce mépris pour son gendre, laisse entrevoir comme un rapport de domination sur une personne plus jeune; ou à l’échelle émotionnelle d’une mère, le rejet du jeune homme considéré comme indigne de sa fille.

2. Maman Poule qui contrôle tout

Madam C.J. Walker est une mère célibataire. Elle élève seule sa fille qu’elle va chérir et guider dans sa vie de femme. Lelia interprétée par Tiffany Haddish semble porter le poids des volontés de sa mère qui choisit ses fréquentations, son orientation professionnelle, sexuelle, juge son comportement en société… Bref, Walker régit la vie de sa vie telle une « mère toute puissante » qui voit sa progéniture comme une extension d’elle-même, quitte à reproduire (encore!) ce schéma de domination des plus vulnérables sur les plans émotionnel et financier. D’ailleurs, il y a une scène qui m’a tout particulièrement choquée: la complicité mère-fille au top de sa forme, on les retrouve à friser la moquerie de la principale concurrente en affaires Addie, alors que cette dernière affiche un oeil au beurre noir, trace de violences conjugales… Les limites de la sororité….

3. La question du colorisme sur un fond de concurrence.

Addie, entrepreneure également dans les cosmétiques interprétée par l’actrice britannique Carmen Ejogo devient la grande concurrente de Madam C.J. Walker. A l’origine de leur rivalité le refus catégorique d’Addie de collaborer avec Walker, car elle serait trop noire et ne représenterait pas aussi bien qu’elle les valeurs de sa marque. Le branding et le story telling, font la différence, c’est évident. Et c’est dans l’expérience de ce rejet, que notre future millionnaire va puiser sa détermination et sa force, quitte à manquer d’humanité à certains moments .

Rangez vos mouchoirs car il s’agit là de faits fictifs pour les besoins de la série!

Sur les réseaux sociaux, une copine a bien fait de me partager ces Tweets qui remettent en question l’authenticité des faits historiques relatés.

Addie fait référence à Annie Malone (1869-1957) qui tout comme Walker – et dans son ombre – a fait fortune en développant également des lignes capillaires et des cosmétiques à destination des femmes Afro-Américaines. Malone a bien employé Madam C.J. Walker à ses débuts avant qu’elle ne lance également sa gamme, après avoir volé la recette à… Ce même mentor.

Je pense que les différentes histoires de colorisme qui ponctuent la série (Addie la concurrente, l’image marketing de ses produits, l’amante de son concubin C.J. Walker…) sont une interprétation de l’histoire pour masquer le fait que Madam C.J. Walker soit devenue un modèle de réussite noir, en volant l’idée d’une autre femme noire…

Self made série Netflix

« Self Made » reste bien évidemment une série à voir. Elle est courte : les 4 épisodes durent chacun près de 45 minutes.
Cependant, je suis surprise que de si maladroites interprétations dans une telle production, aient pu transparaître et effriter le « mythe Walker »… D’autant plus qu’elle a contribué fortement à l’utilisation du peigne chauffant – tout comme Annie Malone – l’ancêtre du défrisant chimique. S’en suivront des séquelles capillaires, et des luttes pour le retour aux cheveux naturels dans les années 1960 avec le fameux Black Is Beautiful.
Madam C.J. Walker a-t-elle réellement contribué au bien-être de la femme noire aux Etats-Unis?

Oui pour ses grandes actions de philantropie. Non, pour son héritage concernant l’aliénation culturelle à travers la course folle vers l’idéal de la longue chevelure lisse comme marque d’acceptation sociale.

En + :

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La Nooru Box#17: récit Capillaire revient sur la perception des cheveux crépus à travers un ouvrage de référence. Avec l’incontournable « Peau noire, cheveu crépu « Juliette Sméralda démêle les idées reçues ainsi que les facteurs contemporains d’aliénation. En écho, le documentaire « Méduse » donne une voix aux écrits de la sociologue martiniquaise. En effet, les deux réalisatrices Adèle Albrespy et Johanna Makabi sillonnent Paris, Marseille et Dakar et partent à la rencontre de jeunes femmes qui parlent de leurs cheveux, de leurs peaux et de la beauté noire. Beauté noire? Dont Kelly Massol a toutes les confidences avec sa marque Les Secrets de Loly. Dans la Nooru Box #17 retrouvez le produit phare : le Kurl Nectar.

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