Tyburn Gallery’s Opening

Le 17 Septembre dernier, la Tyburn Gallery ouvrait ses portes au public, levant le voile sur sa première exposition intitulée Broken English.

Après les ouvertures de Tiwani, de Jack Bell Gallery, et l’avènement de la première foire d’art africain contemporain 1 :54, la Tyburn Gallery s’inscrit dans cette dynamique londonienne d’apporter davantage de visibilité à la création contemporaine du continent africain.

Broken English, Exhibition view, Tyburn Gallery, 2015, Courtesy Tyburn Gallery Broken English, Tyburn Gallery

Dans un monde où les cultures s’entrechoquent et interagissent les unes avec les autres pour raconter de nouveaux récits ancrés dans la réalité, il devient essentiel d’interroger et de repousser les limites des concepts de l’identité et de la citoyenneté.

Broken English questionne ces enjeux internationaux d’aujourd’hui et de demain.

Cet espace spacieux immaculé du 26 Barett Street accueille en son sein les œuvres d’Edson Chagas – qui représentant l’Angola à la 54ème Biennale de Venise, remportait le Lion d’Or – du Sud-Africain Athi-Patra Ruga, du zimbabwéen Moffat Takadiwa, du ghanéen Ibrahima Mahama ou encore du plasticien malgache Joël Andrianomearisoa.

Broken English, Exhibition view, Tyburn Gallery, 2015, Courtesy Tyburn Gallery

 Broken English, Tyburn Gallery

Les œuvres dialoguent entre elles à merveille et de manière cohérente pour nourrir le propos de la commissaire de l’exposition, Kim Stern.

Que signifie la citoyenneté  aujourd’hui dans un monde globalisé, où les échanges entre les personnes et les cultures sont plus forts que jamais ?

Pour l’artiste Joël Andrianomearisoa, né à Antananarivo, à Madagascar, faire la part entre sa ville natale et sa ville de résidence reste un choix difficile : « J’aime toujours dire que j’ai deux amours : mon pays et Paris. Donc être à Antananarivo, à Paris ou ailleurs pour moi reste la même chose tant au niveau de mon attitude qu’au niveau de mes émotions. »  Lorsqu’est évoquée la reconnaissance nationale autour du plasticien et de son travail, c’est une profonde humilité qui est mise en évidence :   « Je préfère garder l’idée d’être un artiste tout court qui vit et travaille en France ; avec des liens forts ici, des amitiés, des envies…».

Cependant, l’artiste souhaite rester impliqué et en connexion avec la scène artistique malgache, en organisant des projets artistiques et des expositions. Récemment, Parlez-moi, (qui s’est tenu du 10 au 24 septembre 2015, à Antananarivo) invitait le public à redécouvrir la capitale à travers un parcours culturel, qui mettait à l’honneur des personnalités locales, et le travail du photographe sénégalais Omar Victor Diop, qui animait pour l’occasion un studio-photo.

Broken English , Exhibition view , Tyburn Gallery, 2015, Courtesy Tyburn Gallery

 Broken English, Tyburn Gallery

Un néo Nouveau-Réalisme « africain »

La sélection des œuvres est à la croisée de la fiction, du Nouveau-Réalisme et des enjeux sociaux et politiques.

Selon le critique d’art Pierre Restany, le courant du Nouveau Réalisme correspond au « recyclage poétique du réel urbain, industriel, publicitaire ». (1)

Certaines démarches et pratiques d’artistes présentés pour l’exposition Broken English s’ancrent dans un néo Nouveau- Réalisme du 21ème siècle fidèle à la définition immuable de Pierre Restany.

L’auteur Bruno-Nassim Aboudrar pointe cependant avec finesse la causalité d’un art pauvre « africain », à travers la case manquante de l’art moderne entre l’art traditionnel et l’art contemporain: Si l’Afrique peut avoir un art contemporain, alors qu’elle n’a pas eu d’art moderne, et sans doute pas non plus de Beaux-Arts, c’est parce que l’art contemporain – par opposition à l’art classique d’Europe autant qu’à l’art moderne – est capable de l’Afrique. L’inclusion se fait au moins par trois canaux : l’art pauvre, la photographie et l’art élargi. L’Afrique est le continent de la pauvreté économique. (2)

Ce néo Nouveau-Réalisme « africain » s’illustre avec les sacs de charbon d’Ibrahima Mahame qui deviennent des toiles d’art ; les compositions minutieuses et précieuses de Moffat Takadiwa, mises en œuvre à partir de bouchons de bombes à spray ; ou encore le pneu usagé de Rowan Smith érigé en oeuvre d’art .

Broken English , Exhibition view, Tyburn Gallery , 2015, Courtesy Tyburn Gallery

 Broken English, Tyburn Gallery

Ces déchets de la consommation de masse viennent s’intégrer à des réflexions artistiques pour rendre compte de diverses sensibilités esthétiques qui transposent des réalités locales.

L’œuvre Few of my Favourite Things (2010) de Joël Andrianomearisoa qui est présentée pour Broken English, est une sculpture réalisée à partir de tissu, de papier, de bois et d’objets trouvés. La démarche de l’artiste s’appuie sur ces jeux entre fragilité et force, entre éphémère et pérennité. Il s’explique à ce sujet : « Pour donner de la force à ces matières fragiles je les mets dans un rapport d’obsession en répétant à l’infini les gestes et les matériaux. C’est dans la fragilité que résident les vraies émotions. L’éphémère est une chose importante pour moi d’autant plus que je travaille beaucoup sur l’idée de la temporalité, être dans son temps  et sur celle de la sentimentalité. »

Pour I Love for Financial Reasons (2015), Andrianomearisoa compile des billets de devises internationales différentes, rassemblés sous un plexiglass. Bien qu’un objet extrême de convoitise dans nos sociétés contemporaines, le billet de banque devient une oeuvre d’art à part entière. Tel un coffre-fort faussement accessible à tous, I Love for Financial Reasons interroge le système capitaliste à petite échelle.

Broken English, Exhibition view , Tyburn Gallery, 2015, Courtesy Tyburn Gallery

 Broken English, Tyburn Gallery

Les fictions de Bridget Baker et d’Athi-Patra Ruga construisent de nouveaux récits entre références à l’histoire et au présent, dans une nouvelle temporalité. Des thèmes socio-historiques se dégagent de l’exposition Broken English. Mouna Karray met en scène son propre corps emprisonné dans symboliquement dans un drap blanc, se référant à une scène insolite tunisienne, au cours de laquelle un homme transportait  un coq dans un sac plastique; et par extension en écho aux événements du Printemps arabes qui ont secoué la Tunisie en 2010-2011. Pour la série des Oikonomos, Edson Chagas se photographie la tête recouverte de sacs de courses, qui en tant qu’ un outil de la consommation de masse, devient l’identité de l’artiste, le temps d’un autoportrait.

La Tyburn Gallery est également une nouvelle vitrine pour l’ensemble de ces artistes internationaux.

Même s’il affirme ne pas avoir rencontré d’obstacles pour s’affirmer sur la scène artistique française, Joël Andrianomearisoa reste ouvert à de nouvelles opportunités : « Travailler avec une galerie londonienne est une marque d’ouverture. Une manière de confronter le travail à un autre public, un moyen de déployer le travail sur un autre terrain de jeu, dans un autre contexte. ».   Cette même ouverture qui manquerait en France selon le plasticien malgache : « La scène artistique française est forte mais elle manque peut-être en ce moment d’un peu d’ouverture et de curiosité. Parler d’ouverture signifie à mon sens, briser les clichés et les propos attendus, allez au-delà des frontières et se laisser surprendre par d’autres désirs. »

Emma Menell, la fondatrice de la Tyburn Gallery, est originaire d’Afrique du Sud. L’ambition première de cette ex-avocate et collectionneuse d’art, est de faire de cet espace un nouveau carrefour de promotion d’artistes internationaux, avec une attention particulière portée sur la création contemporaine du continent africain, et ce dès le départ. Une manière pour la galeriste de rester attachée et de donner de la visibilité à la scène nationale de son pays d’origine.

Dès le 5 novembre prochain, la Tyburn Gallery présentera une exposition personnelle de l’artiste Moffat Takadiwa.

 

Crédits photos : Broken English, Tyburn Gallery, London, 18 September – 28 October 2015.  tyburngallery.com

Pour  les visuels des oeuvres ici

Propos de l’artiste Joël Andrianomearisoa recueillis par Virginie Ehonian.

Remerciements à l’agence de communication Pelham Communications.

Sources des citations:

(1) (60/90. Trente ans de Nouveau Réalisme, édition La Différence, 1990, p. 76)

(2) Bruno-Nassim Aboudrar, « Art contemporain, art Africain ? », Médium 2005/4 (N°5), p. 101-109. DOI 10.3917/mediu.005.0101

En + sur african links:

Madagasyart 

Quand Personne désigne les autres

 

 

 

 

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