René Magritte, entre images et trahison.

C’est actuellement l’événement au Centre Pompidou à Paris : des centaines de visiteurs se bousculent chaque jour aux portes du musée afin de fouler les allées de l’exposition « René Magritte, la trahison des images ». De trente minutes à une heure et demie d’attente, le succès est vif pour cette icône de l’art moderne qui a su révolutionner la peinture.

Entre philosophie et esthétique, l’angle de cette rétrospective sur l’oeuvre de René Magritte aborde une autre facette de son oeuvre. S’éloignant un peu plus des grandes références frontales au surréalisme et à la publicité, l’exposition explore les dessous des inspirations du peintre belge.

Les références directes à Platon et l’Allégorie de la caverne, Cicéron,  Zeuxis… interrogent la peinture surréaliste de René Magritte. Ces aller-retours dans l’histoire philosophique de l’art permettent une approche différente, plus subtile et surtout plus « intellectuelle » de René Magritte, dont l’oeuvre a largement été reprise par la publicité. Les tableaux les plus célèbres rassurent alors les visiteurs dans ce cheminement d’un autre genre.

René Magritte, La trahison des images, 1929, © Photothèque R. Magritte / Banque d’Images, Adagp, Paris, 2016.

Quand le surréalisme met des mots sur des images

Nous sommes habitués à mettre des mots sur les choses, sur les objets du quotidien que nous utilisons chaque jour. Les enfants apprennent à lire et à écrire à travers les images de ces objets. Un chat, un chien, une voiture, une maison… Ces illustrations fondamentales, qui resteront gravées dans notre inconscient, se réfèrent à notre perception de la réalité.
Ceci n’est pas une pomme (1964) « Ceci n’est pas une pipe » ; le peintre René Magritte surprend et déjoue les normes de représentation ainsi que les codes picturaux de l’art moderne.

Dans la Trahison des images (1929), la pipe représentée interroge notre perception du réel et la représentation d’un objet n’est pas l’objet en soi…
L’œuvre de Magritte s’appuie essentiellement sur la peinture pour dévoiler autre chose, et plonger le public dans une mise en abîme extrême de la valeur symbolique des objets.
Les définitions visuelles s’emboîtent les unes aux autres pour redéfinir le sens des mots et des objets familier. René Magritte écrivait d’ailleurs dans Les Mots et les Images * : « Un objet fait supposer qu’il y en a d’autres derrière lui. »

Maître incontestable du surréalisme, le peintre belge repousse bouleverse les rapports entre l’œuvre d’art et le public. Subversives, énigmatiques, insolites et paradoxales, les peintures de Magritte soulèvent alors ce double-jeu faussement ludique des représentations, et perturbent nos schémas traditionnels de représentation. Les habitudes inconscientes de chacun sont décloisonnées, prêtes à explorer l’infini champs des possibles.

Une petite histoire du Surréalisme

Le terme « surréalisme » apparaît pour la première fois en 1917 : il s’agit alors du sous-titre d’une pièce de théâtre donné par le poète Guillaume Apollinaire. Quelques années plus tard, en 1924, André Breton publie le premier Manifeste du Surréalisme, fédérant ainsi tout un collectif d’écrivains – Paul Eluard, Louis Aragon – d’artistes et d’architectes – Max Ernst, Joan Mirò, Salavador Dali, Yves Tanguy… Ces anciens dadaïstes** se veulent révolutionnaires, et entendent révolutionner le domaine de l’art, avec une volonté d’apporter de profonds changements dans la société, suite aux horreurs de la Première Guerre Mondiale.

La principale méthode des surréalistes est « l’automatisme » ; ce qui laisse le champ libre à l’inconscient, l’inattendu, aux rencontres et associations hasardeuses dans l’art. Le mouvement artistique devient international avec deux grandes expositions majeures à Mexico (1940) et à New-York (1942).

Fortement influencé par le peintre italien Giorgio de Chirico, Magritte lui emprunte sa subjectivité allégorique ainsi que la dimension angoissante de sa peinture métaphysique. La « pensée automatique » de René Magritte s’appuie sur le banal de la vie quotidienne pour offrir un mystère extraordinaire. Des pommes géantes, des souliers qui prennent la forme de pieds humains, des corps de sirènes inversés… Les images dérangeantes de Magritte révèlent une manière différente de penser l’académisme pictural propre à l’art moderne, ainsi que les principes de la philosophie traditionnelle.

René Magritte, La clef des songes, 1935 Huile sur toile, 41 x 27 cm, Collection Jasper Johns. © Adagp, Paris 2016.

La juxtaposition d’éléments de manière inattendue et un tant soit peu cohérente, crée des liens logiques dans sa réflexion artistico-philosophique. Cette capacité à se réinventer à chaque fois de manière toujours plus créative, explore un certain mystère de l’extraordinaire.

Le peintre belge « défamiliarise » et décontextualise ce qui nous est le familier, avec poésie. L’exposition revient sur ses sources d’inspiration fondamentales, l’excusant aujourd’hui de cette « trahison des images » qui en a trompé plus d’un.
De quoi nous interroger si les œuvres de René Magritte sont réellement des œuvres ou si elles ne prennent forme que dans notre inconscient…

 

Magritte, la trahison des images, jusqu’au 23 janvier 2017, au Centre Pompidou.

 

* publié par la Révolution surréaliste, décembre 1929

** Dadaïsme ou mouvement Dada apparaît au début du 20ème siècle. Ce courant aux limites de la littérature et de l’art, entend renverser les contraintes esthétique et politiques.

 

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