La Clonette, c’est bien plus qu’un poupée! Entre l’Afrique de l’ouest et l’Europe, découvrez son histoire.

Rencontre avec Delphine Kohler, la fondatrice de la marque Facteur Céleste et de l’association Filles du Facteur, qui donna son nom de Clonette à la poupée africaine qu’elle fit connaître au début des années 2000.

Petite fille qui joue dans l’atelier de Ouaga, Burkina Faso © Filles du facteur.

african links : Quelle a été votre première « rencontre avec la Clonette »?

Delphine Kohler : Les premières Clonettes que j’ai achetées étaient en grand format et je les ai trouvées sur le marché à Bamako en 1998. Elles étaient de couleurs incertaines et je les ai d’autant plus aimées, c’était celles qui restaient, après que les petite filles avaient voulu la rouge, la orange ou la bleu… Puis je les ai retrouvées au Burkina Faso, en modèle plus petit, en taille médium cette fois-ci. Je l’ai baptisée « Clonette » en référence à la production en série dont elle était issue. Ce qui s’oppose au côté artisanal et au caractère unique des poupées que les petites filles fabriquaient elles-mêmes depuis toujours ou demandaient de réaliser aux sculpteurs. Aujourd’hui, le nom « Clonette » est resté, et tout le monde l’appelle comme cela.

 Sinon, son « vrai » nom est « Aunty DeiDei ». « DeiDei » signifie « la Première née » donc l’aînée, et « Aunty », tantie. Aunty DeiDei résonne dans la société très matriarcale qu’est celle du Ghana où la sœur ainée est la garante de la lignée.

Auntie Dei Dei voit le jour dans les années 1960, dans une usine tenue par des Indiens qui de génération en génération depuis les colonies, produit des objets en plastique. Elle sera vendue en majeure partie en Afrique de l’ouest. Intégrée dans les collections maison de la marque Facteur Céleste, elle se vendit comme un fétiche moderne en tant qu’objet de décoration.

Je la fis réaliser en bois par différents sculpteurs africains (Togo, Burkina, Sénégal) et même en pierre (Gabon) et en bougie, copie conforme made in France.

Au fil du temps il s’est produis un phénomène d’appropriation de cette poupée dans le monde, comme si elle appartenait au patrimoine culturel universel, et on trouve une multitude de versions revisitées de la Clonette en parcourant le net et sur le marché.

Pour ma part, j’ai éprouvé le besoin d’en faire un objet de sensibilisation qui touche à l’enfance. En effet, de même que peu de gens savent que la Clonette est africaine, trop peu de gens savent à quel point il est difficile en Afrique d’avoir accès à l’école car celle-ci est payante.

Ainsi une partie de la vente de la poupée est consacrée à soutenir les frais de scolarisation d’enfants au Burkina Faso et mon rêve est de pouvoir mettre en œuvre un projet éducatif avec un grand impact à travers elle.

Le livre aux 2 couvertures « Clonette, Ceci n’est pas un jouet » © Filles du facteur

african links: La Clonette, un simple jouet « africain » ou un objet culturel à part entière?

Delphine Kohler: La première chose que font les enfants qui l’ont entre les mains : ils retirent le petit sifflet qui fait le son « pouêt-pouêt » placé au-dessus de sa tête avec leurs dents; les petits garçons y mettent de l’eau et arrosent les autres!

Jouet ou objet, à ce sujet, j’ai une anecdote! Une commande de poupées reste bloquée en douane au niveau de la France car il est écrit « jouet » sur la facture. Si en Afrique la notion d’homologation est inexistante, ce n’est pas le cas en Europe, où les normes de sécurité peuvent cependant paraître excessives. Plus de 2000 poupées restent alors coincées près de deux mois en douane, car la mention que j’aurais dû prendre soin de faire mettre : » statue décorative en plastique » qui est en plus la définition de son usage en France, n’y était pas inscrite. Pour les récupérer, j’ai dû me défendre comme je pouvais, en leur envoyant tous les articles de blog que j’avais rédigés à son sujet, démontrant qu’il s’agissait bien d’un objet culturel à part entière et non d’un jouet. Suite à cette mésaventure – et avant la rencontre avec Catherine McKinley- je me suis promise de publier un livre sur elle afin de partager son origine et son histoire à un plus large public. 

Akouba, poupée en bois africaine, sœur de la poupée Clonette © Filles du facteur

En effet, en dehors de l’Afrique, ce ne sont pas les mamans qui les achètent pour les enfants, mais des adultes, pour les placer parmi leurs objets de décoration. J’ai eu de nombreux témoignages, lorsque je tenais ma boutique parisienne de la rue Quincampoix. Je me souviens d’un monsieur âgé très distingué, qui avait flashé dessus et qui l’avait achetée en plus d’une carte postale.

Certains clients ignorent que sous ses traits européens, ils achètent bien une poupée africaine! Et je rencontrais de plus en plus de femmes d’origine africaine qui avaient connu cette poupée dans leur enfance et qui étaient très émues en la revoyant :  » Cela me rappelle des souvenirs quand j’étais petite fille » ou  » ça coûtait cher ! Ma mère ne pouvait pas me l’offrir.

Mama Catherine McKinley in Africa © Filles du Facteur

african links : Comment s’est amorcé le projet de l’ouvrage avec Catherine McKinley?

Delphine Kohler : Nous nous sommes connues via Internet grâce à cette poupée dont nous étions tout aussi fanes l’une que l’autre. Il faut savoir que Catherine McKinley, une auteure new-yorkaise, historienne de la photographie afro-américaine et passionnée de cultures africaines. Elle a des origines ghanéennes, ce qui accentue son intérêt pour cette poupée qui est née au Ghana.

Nous avons fini par nous rencontrer à Paris et nous avons élaboré le projet de faire un livre à 2. Puis nous nous sommes retrouvées à Accra pour visiter l’usine de fabrication. Le propriétaire indien nous a expliqué qu’en complément des bouilloires et autres bidons en plastique qu’ils produisaient, ils avaient décidé de fabriquer des jouets : des ballons et pourquoi pas une poupée?
Noire ou blanche? Il est ressorti de leur étude de marché, qu’une poupée ressemblant à une fillette européenne se vendrait mieux. Les traces de l’époque coloniale, ici sous influence britannique, font dire à certains que le lapin au bras de la poupée fait référence à Alice au pays des merveille de Lewis Carroll.

Jusque là la poupée existait dans toutes les couleurs sauf en noir. A l’époque les jouets étaient de toutes les couleurs mais pas noir. Or j’avais appris que la couleur noire des sachets plastique était issue du recyclage des déchets. J’ai donc demandé à l’industriel s’il était possible de faire des poupées de cette couleur. Il n’y a pas eu de problème et c’est ainsi qu’est née la première poupée Clonette noire.

Elle porte en elle la valeur environnementale du projet Recycsacplastic en Afrique et elle est devenue la mascotte de Facteur Céleste.

En +:

Bientôt dans la Nooru Box #16: Qui êtes-vous poupée Clonette?
https://noorubox.com

https://facteurceleste.fr/

https://www.fillesdufacteur.org/

Catherine E. McKinley

LA CLONETTE

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